Reflection

Agroécologie et recherche-action participative pour la justice alimentaire et d’accès à l’eau en Amérique centrale

Abstract

Cet article montre comment l'agroécologie et la recherche-action participative (RAP) peuvent contribuer à lutter contre l'insécurité alimentaire et hydrique en Amérique centrale. En se concentrant sur les communautés agricoles du Nicaragua, l'article de Christopher Bacon présente les coopératives qui contribuent à atténuer les crises climatiques et les pénuries alimentaires. Il plaide pour que les universités et les institutions s'associent aux communautés locales afin de promouvoir la justice grâce à des solutions éthiques et axées sur la communauté.

pexels-jimbear-1657935


Je me avoir conduit des leaders communautaires locaux dans les montagnes au nord du Nicaragua pour rencontrer une organisation d’agriculteurs, alors que nous poursuivions une relation à long terme pour chercher à expliquer et à construire des réponses stratégiques à la sécheresse et à l’événement d’El Niño en 2016. Le Réseau des Systèmes d’Avertissements précoces de Famine (Famine Early Warning Systems Network) avait averti que cette région, et une grande partie de l’Amérique centrale, traversait une crise alimentaire de niveau trois, caractérisée par de graves réponses à l’insécurité alimentaire, telle que le saut de repas et la vente d’actifs. Et pourtant nous avons trouvé là des agriculteurs qui s’étaient organisés en coopérative et avaient investi non seulement dans le café biologique destiné à l’exportation, mais aussi dans le maïs et les haricots pour leur consommation personnelle et les marchés locaux. Bien que certains de ces agriculteurs aient encore signalé plusieurs mois de faible insécurité alimentaire, les conditions étaient atténuées par leurs pratiques agricoles diversifiées et une banque communautaire de semences et graines. Le système d’approvisionnement en eau du village, récemment rénové, fournissait l’eau potable des ruisseaux de montagne. En période de famine et de pénurie d’eau, les agriculteurs nous ont raconté comment ils avaient récemment chargé leurs mulets avec plusieurs milliers de livres de maïs pour les acheminer vers une communauté voisine, où ils savaient que d’autres souffraient davantage. Ils se souvenaient comment ces voisins les avaient accueillis et nourris autrefois, lorsqu’ils avaient dû fuir leurs terres après avoir été attaqués durant les conflits des années 1980. L’espoir concret apporté par une agriculture diversifiée et solidaire s’accompagne de défis mondiaux pour garantir les droits à la nourriture et à l’eau.

Faim et soif dans le monde

Les données mondiales qui indiquent que 3 milliards de personnes souffrent de malnutrition(FAO, UNICEF, PAM, & OMS, 2020), que 2,2 milliards vivent sans accès à une source d’eau potable gérée en toute sécurité(OMS, 2021) et qui mentionnent que l’agriculture reste un facteur déterminant du changement climatique anthropique, de la contamination de l’eau et de la perte de biodiversité, ont suscité des appels répétés en faveur de la transformation du système alimentaire et hydrique. Dans le même temps, le changement climatique et les défaillances de la gouvernance des marchés ont contribué à des événements de plus en plus extrêmes qui ont un impact dévastateur sur l’agriculture, la sécurité alimentaire, les systèmes d’approvisionnement en eau et les moyens de subsistance. Les récents chocs environnementaux et économiques, notamment la Covid-19, El Niño en 2015-16 et les aléas météorologiques connexes à l’échelle planétaire, les saisons cycloniques exceptionnellement fortes de 2017 et 2020 dans les Caraïbes, ainsi que l’évolution des prix des denrées alimentaires et la violence politique, ont continué à menacer les moyens de subsistance, la sécurité alimentaire et le bien-être des gens en milieu rural. Bien qu’il y ait actuellement plus qu’assez de nourriture pour nourrir 10 milliards de personnes et assez d’eau douce sur la planète pour plus de 7 milliards de personnes, l’accès reste inégal et il y a trop de gaspillage (Holt-Giménez, E., Shattuck, A., Altieri, M., Herren, H., & Gliessman, S., 2012).


Ces données statistiques ne sont pas uniformément réparties, affectant une « personne moyenne mondiale » mythique, car les modèles inégaux de qui profite et qui paie pour la pollution et les risques climatiques suivent un modèle persistant d’injustice mondiale. Les petits agriculteurs, les ouvriers agricoles sans terre, les pauvres urbains, ainsi que tant d’autres dans la majorité du monde (par exemples les plus de 80% des personnes dans le monde qui survivent avec moins de 10 $ par jour) ont continué de manière créative leurs cultures dans des espaces marginaux, brûlent moins de pétrole, utilisent moins d’eau et mangent moins de nourriture, tout en subissant les impacts les plus dévastateurs des changements climatiques. Même dans les pays riches, études après études ont montré que les résidents à faibles revenus et les minorités raciales/ethniques souffrent de manière disproportionnée de la pollution de l’air et de l’eau, tandis que leur accès aux parcs, à une alimentation saine et à autres avantages environnementaux est souvent plus faible.


Au plan collectif, la réponse du gouvernement et des entreprises à ces défis a été absolument sans commune mesure avec l’ampleur du problème. Non seulement les programmes gouvernementaux et les efforts des entreprises se sont fragmentés en approches commerciales étroites qui sapent souvent les efforts locaux pour un changement positif, mais de plus ils se concentrent trop souvent sur l’accès soit à la nourriture, soit à l’eau. De plus, la profondeur de l’engagement éthique et social nécessaire pour favoriser la solidarité et soutenir ce travail reste trop faible et, tant en taille qu’en créativité, les investissements publics et les changements de politiques restent trop limités ou sont commercialisés. Dans le cas de l’agriculture, les intérêts commerciaux et l’impérialisme en arrière-plan de la diffusion de nombreuses stratégies qui conduisent à la production de monocultures, restent encore très forts. Bien que l’on puisse s’attendre à ce que les universités axées sur le développement du partage et de l’application des connaissances par les services publics mènent la charge pour remédier à ces injustices, trop souvent ceux d’entre nous dans l’enseignement supérieur se retrouvent également compartimentés en silos disciplinaires ou contraints à des avancées progressives qui demeurent insuffisantes.

pexels-binyaminmellish-169523


Comment répondre ?

En guise de petite contribution, je partagerai plusieurs expériences d’efforts personnels et collaboratifs pour encourager des réponses transformatrices à ces défis mondiaux et à leurs manifestations locales. J’écris à partir de ma propre perspective, celle d’un professeur associé d’études environnementales et co-fondateur de l’Initiative pour la Justice environnementale et le Bien commun de l’Université Santa Clara, une université catholique jésuite en Californie aux États-Unis. En réponse à ces multiples défis qui se chevauchent, je propose deux approches intégratives : une recherche-action participative communautaire et une agro-écologie, deux approches fondées sur des principes qui peuvent aider les universités et autres institutions à nouer des relations avec les communautés et à instaurer des partenariats pour garantir le droit humain à la nourriture et à l’eau. Si les universités investissent dans ces approches, elles contribueront elles aussi aux transformations institutionnelles qui aideront à répondre au « Parcours de sept ans vers une Écologie intégrale (7-Year Journey Towards Integral Ecology) » du Pape François et au processus pour devenir une université Laudato Si’.

Recherche-action participative et agroécologie

La recherche-action participative (RAP) vise à cultiver l’égalité et la démocratie dans les relations entre communautés et chercheurs, en impliquant les membres de la communauté et leurs représentants dans la définition du programme de recherche, la conduite de la recherche et la communication des résultats (partage des conclusions lors d’une rencontre communautaire ou d’un forum public, au lieu de seulement des articles de revues). La RAP est une approche qui favorise « un processus démocratique soucieux du développement d’une connaissance pratique… rassemblant action et réflexion, théorie et pratique, en collaboration avec d’autres, dans la recherche de solutions pratiques à des questions pressantes pour la population, et plus généralement à l’épanouissement des personnes et de leurs communautés. »(Reason, P., et Bradbury, H. Eds., 2001). L’étape d’action consiste en des changements sociaux menés par la communauté pour améliorer ses conditions(Bacon, C., Mendez, E., & Brown, M., 2005). Bien que l’établissement de relations signifie que cela prend souvent plus de temps qu’un projet de recherche conventionnel, les chercheurs ont montré à quel point les processus efficaces d’une RAP améliorent la pertinence, la rigueur et la portée de la recherche(Balazs, C. L., & Morello-Frosch, R., 2013: 9-16). Inspirée par Paulo Freire (2018), Martín-Baró (1994) et d’autres, la RAP a émergé pour, entre autres, transformer les pratiques extractives et largement coloniales des chercheurs universitaires européens et nord-américains qui menaient des projets sur – pas avec – les pauvres et d’autres dans le monde majoritaire. Ce travail commence par instaurer la confiance entre les participants, reconnaître nos privilèges respectifs et entamer un dialogue avec la pluralité des systèmes de connaissances, de visions du monde, de spiritualités et d’épistémologies liées aux différentes identités et moyens de subsistance.


Un processus de recherche-action participative correspond bien à une interprétation de l’agroécologie en tant qu’approche transdisciplinaire orientée vers l’action, qui est utile pour favoriser le changement des systèmes agricoles et alimentaires(Méndez, V. E., Bacon, C. M., Cohen, R., & Gliessman, S. R., Eds., 2015). L’agroécologie est apparue en réponse aux projets de production agricole spécialisée dépendante largement de produits chimiques et d’un ensemble limité de pesticides, de fertilisants, d’irrigation et de prêts qui vont avec, projets qui entraînent souvent le déplacement des peuples autochtones et effacent leurs connaissances, tout en échouant fréquemment à assurer la sécurité alimentaire. Selon différentes approches, l’agroécologie est à la fois une science, un mouvement social et une pratique. Au cours des cinq dernières années, des chercheurs, des mouvements sociaux et l’Organisation des Nations Unies pour l’Alimentation et l’Agriculture (FAO) ont rassemblé des preuves, montrant que l’utilisation efficace de l’agroécologie peut garantir le droit humain à l’alimentation. Les approches agroécologiques comprennent 10 éléments clés : diversité, cocréation et partage de connaissances, synergies, efficacité, recyclage, résilience, valeurs humaines et sociales, culture et traditions alimentaires, gouvernance responsable et circulaire et économie circulaire et solidaire(OMS, 2018). Les mouvements sociaux ruraux populaires présentent aussi l’agroécologie comme une approche anticoloniale qui va à l’encontre de l’agriculture des grandes compagnies et transforme les systèmes alimentaires et hydriques injustes de manière à promouvoir l’équité entre genres et la souveraineté alimentaire.

pexels-rodolfoclix-1615785


Agroécologie, recherche-action participative et droits humains à la nourriture et à l’eau au Nicaragua

Bien avant mon premier voyage au Nicaragua comme bénévole du Peace Corps en 1997, ces communautés résilientes et créatives de montagne maintenaient leurs moyens de subsistance, leurs cultures, leurs environnements et leur dignité à travers les dictatures, révolutions, les guerres, les sécheresses, les ouragans et les famines. Ultérieurement à mon travail avec Peace Corps, je suis retourné au Nicaragua au début des années 2000 pour mener une thèse cherchant à évaluer le potentiel d’une culture biologique et de commerce équitable pour un café de spécialité, afin de réduire la pauvreté rurale et préserver la biodiversité. J’ai eu la chance de commencer un partenariat avec le Promoteur du Développement coopératif dans les Segovias (alias PRODECOOP), à savoir une coopérative secondaire composée de 38 coopératives de base et de plus de 2300 petits agriculteurs-actionnaires du nord du Nicaragua. PRODECOOP exporte du café de spécialité, biologique et équitable, tout en offrant des services de formation rurale, de crédit financier et de développement durable aux membres affiliés. J’ai également établi un partenariat avec l’Association pour le Développement social au Nicaragua (ASDENIC, une ONG régionale), et avec des universités locales. ASDENIC nous a aidés à concevoir et à mener des enquêtes auprès des agriculteurs et à organiser des échanges de formation entre agriculteurs avec la contribution des groupes locaux affiliés au mouvement Campesino-a-Campesinod’Amérique centrale, ainsi qu’à organiser de brèves formations internationales en agroécologie. Ces partenariats ont amené des étudiants et des professeurs d’universités américaines au Nicaragua d’une part, et d’autre part des employés, des jeunes organisateurs et des agriculteurs du Nicaragua aux États-Unis. Ces échanges interculturels multidirectionnels se sont révélés être des endroits privilégiés pour partager les connaissances, les semences et les stratégies de changement.


Après de nombreuses rencontres, nous avons défini des agendas communs et lancé plusieurs cycles de recherche-action participative (RAP) qui visaient à documenter les expériences d’insécurité alimentaire et à enregistrer les pratiques efficaces adoptées localement qui pourraient réduire l’utilisation de produits agrochimiques, améliorer la sécurité alimentaire, améliorer la diversité nutritionnelle et soutenir une agriculture biologique diversifiée. Le travail de terrain comprenait quatre enquêtes de 2009 à 2017, des groupes de discussion, des entretiens, la documentation d’expériences menées par les agriculteurs, des ateliers et d’autres événements de formation au développement professionnel. Nous avons découvert et partagé de nombreuses pratiques locales innovantes, comme l’amendement des sols par l’adjonction au compost de terre riche en microorganismes provenant des forêts avoisinantes. Toutefois, les conditions régionales des agriculteurs demeuraient fragiles face à un agent pathogène du café dévastateur, aux sécheresses, aux prix défavorables et à une exclusion persistante. Un agriculteur dit : « Nous avons échoué avec le café, c’était une des alternatives que nous avions pour survivre, mais la fameuse rouille des feuilles de café est arrivée. Ensuite, PRODECOOP nous a aidés à créer une banque de semences dans la coopérative… Cette belle idée est apparue comme une alternative à l’insécurité alimentaire. Les banques de semences ne sont pas seulement des murs, elles sont composées de l’ensemble du groupe (qui plantent, entreposent et partagent les semences) ; avec cette réalité de nouvelles stratégies se présentent pour améliorer notre sécurité alimentaire, comme la diversification. »


Ensemble, nous avons mené plus de 1000 questionnaires auprès des agriculteurs. Je me suis vite rendu compte que nous avions besoin de plus grande puissance d’analyse des données et j’ai commencé à collaborer avec le professeur Bill Sundstrom, économiste et statisticien. Dans une enquête de 2010 et une autre en 2014, nous avons découvert des corrélations statistiquement significatives, liant l’amélioration de la sécurité alimentaire à une plus grande quantité d’arbres fruitiers sur l’exploitation. La coopérative a alors lancé une campagne pour la plantation de plus de 25 000 arbres fruitiers dans le cadre d’une stratégie émergente de diversification agricole, basée sur l’agroécologie et comportant des jardins familiaux. Nous avons également identifié l’importance de l’accès à plus de terres, car même un peu plus de terre pour les plus petits producteurs était corrélé à l’amélioration de la sécurité alimentaire et à l’accès à l’eau(Bacon, C. M., et al. 2014:133-149).


Une autre conclusion importante de la recherche sur le terrain en 2010, axée sur l’évaluation des déterminants locaux de la faim saisonnière, a été les préoccupations urgentes et croissantes des agriculteurs concernant l’accès à l’eau et les impacts du changement climatique. Dans de nombreux groupes de discussion, les agriculteurs établissaient un lien entre l’insécurité alimentaire et le manque d’accès à l’eau potable dans leurs maisons et leurs communautés. Après que mes collaborateurs nicaraguayens de longue date, dont Maria Eugenia Flores Gomez, Raul Diaz (ASDENIC), et Misael Rivas (PRODECOOP), et moi-même avons examiné ces résultats, nous avons reconnu la nécessité de travailler davantage sur l’insécurité de l’eau. En réponse, en 2013, j’ai commencé à collaborer avec les hydrologues et climatologues Iris Stewart-Fray et Edwin Maurer (Université Santa Clara). J’ai également partagé ces résultats avec plusieurs bailleurs de fonds qui se sont ensuite associés à ASDENIC, à des coopératives et à des comités locaux sur la question de l’eau, afin de construire des systèmes d’alimentation d’eau potable qui ont finalement alimenté plus de 8000 personnes. L’étape ACTION est souvent la partie la plus difficile du processus de recherche-action participative. En dépit de ces gains importants, des recherches de suivi montrent que de nombreux systèmes d’approvisionnement en eau potable en milieu rural au Nicaragua et dans le monde restent vulnérables au changement climatique, à la contamination bactérienne et agrochimique, ainsi qu’aux conflits et aux injustices liés à l’utilisation de l’eau pour l’agriculture par rapport à la consommation ménagère. Bien que le droit humain à la nourriture et à l’eau soit bel et bien reconnu dans les lois du Nicaragua, comme dans de nombreux autres pays, il reste encore du travail pour en faire un droit substantiel et une réalité tangible dans la vie quotidienne.

pexels-taryn-elliott-3889959


Vers des transformations en éducation universitaire, et… en nous-mêmes

Ces expériences locales pourraient être élargies et étendues si davantage d’institutions utilisaient l’agroécologie et la recherche-action participative pour guider leurs approches, tout en commençant le travail important d’auto-transformation. La science de l’agroécologie se répand rapidement et elle continuera d’évoluer en réponse aux preuves qui démontrent ses forces, ses limites et les contextes spécifiques où on peut l’adapter et l’utiliser. Bien qu’il existe des propositions agroécologiques pour la transformation des systèmes alimentaires, il est nécessaire de développer des stratégies plus conceptuelles et pratiques pour une agroécologie des systèmes alimentaires et hydriques. Des solutions, comme les systèmes de recyclage des eaux grises, et les graines à pollinisation libre adaptées localement et tolérantes à la sécheresse, constituent un début, mais davantage d’études, d’expérimentations et d’innovations sont nécessaires.


Les partenariats de recherche-action participative (RAP) qui relient les agriculteurs, les scientifiques, les groupes interconfessionnels de la société civile, et les entreprises rurales communautaires peuvent aider à relever ces défis, mais davantage de soutien est nécessaire pour développer une réponse plus robuste. Après des décennies d’exclusion, la RAP et les approches connexes gagnent à nouveau du terrain dans les universités et autres institutions. Si l’agroécologie et la RAP pouvaient être financées dans les universités et dans les organisations catholiques d’apostolat social qui travaillent à établir des partenariats avec des associations communautaires d’agriculteurs et des initiatives populaires pour garantir le droit à la nourriture et à l’eau et faire progresser la justice environnementale internationale, de plus grands changements seraient alors possibles.


Ce travail a en outre suggéré la nécessité pour les universités de former des institutions qui puissent soutenir des partenariats à long terme et des programmes de recherche-action interdisciplinaire avec les communautés de terrain et d’autres. Il a également contribué à une meilleure compréhension scientifique collective et à un soutien pour développer des cadres relationnels et des méthodes de travail en vue d’analyser conjointement la sécurité alimentaire et hydrique des ménages dans le contexte des changements climatiques ; et il a contribué à expliquer comment la diversification agricole est en corrélation avec la résilience climatique, les genres et la sécurité alimentaire. Pourtant, les incitations universitaires ignorent le travail invisible nécessaire pour créer de réseaux et à de la collaboration, pour favoriser une connaissance spécialisée, des innovations avec réussites commerciales, des dates de publication plus rapides, des articles écrits par un seul auteur et le travail dans des communautés plus riches. Heureusement, il existe des forces compensatoires.

Il y a deux aspects pour chaque université. Le premier et le plus évident est qu’elle traite de la culture, de la connaissance, de l’utilisation de l’intellect. Le second, moins évident, est qu’elle doit se soucier de la réalité sociale – précisément parce qu’une université est inéluctablement une force sociale : elle doit transformer et éclairer la société dans laquelle elle vit.

Père Ignacio Ellacuria SJ, juin 1982, Début de l’Université Santa Clara.

Le père Ellacuria continuait en demandant : « Mais comment fait-elle cela ? Comment une université transforme-t-elle la réalité sociale dont elle fait tellement partie ? » La plateforme d’action Laudato Si’, qui inclura bientôt les universités Laudato Si’ (LS’), a le potentiel d’une réponse mondiale puissamment coordonnée(Turkson, C., 2021). Les universités Laudato Si’ s’engagent à changer de manière à faire avancer sept objectifs d’action. Les institutions peuvent utiliser l’agroécologie pour aider à guider les réponses transformatrices au cri de la terre et aux cris des pauvres (objectifs 1 et 2) ; et la RAP offre une approche puissante pour accomplir l’objectif 7, centré sur l’engagement communautaire et l’action participative. Une autre réponse, plus locale, inclut la manière dont mes collègues, et parmi eux les professeurs Tseming Yang, Chad Raphael, Zsea Bowmani et d’autres mentionnés dans cet article, ont développé l’Initiative pour la Justice environnementale et le Bien commun (EJ et CGI) à l’Université Santa Clara. EJ et CGI encourage la recherche et le plaidoyer communautaires pour faire progresser la justice sociale et environnementale. Nous répondons à l’appel du pape François pour une écologie intégrale afin de guérir les communautés humaines, les espèces non humaines et les écosystèmes. Nous travaillons en partenariat avec des organisations responsables envers les communautés à faibles revenus, les communautés latino-américaines, afro-américaines et autochtones, qui œuvrent dans le domaine de la justice alimentaire et climatique, de la justice hydrique et climatique, et des lois et politiques de justice environnementale. Nous soutenons le corps professoral de l’Université Santa Clara et nos pairs des universités jésuites du nord de la Californie, pour intégrer la recherche communautaire et la justice environnementale dans l’ensemble du curriculum. Pour soutenir ce travail et inviter à une plus grande collaboration, je continuerai à développer cet effort en me demandant : Est-ce que j’entends le cri de la terre ? Est-ce que j’entends le cri des pauvres ? Est-ce que je reconnais que je suis le pauvre qui appelle à l’aide ? Suis-je aussi la terre qui crie de douleur ? Suis-je assez silencieux pour entendre les réponses ? Suis-je reconnaissant pour les dons reçus en réponse ? Sommes-nous suffisamment humbles pour travailler ensemble pour la justice, le pardon, la réconciliation et le bien commun ?

Références :

Bacon, C. M., Sundstrom, W. A., Flores Gómez, M. E., Ernesto Méndez, V., Santos, R., Goldoftas, B., & Dougherty, I. (2014).Explaining the ‘hungry farmer paradox’: Smallholders and fair trade cooperatives navigate seasonality and change in Nicaragua’s corn and coffee markets. Global Environmental Change, 25, 133–149.https://doi.org/10.1016/j.gloenvcha.2014.02.005

Bacon, C., Mendez, E., & Brown, M. (2005). Participatory action research and support for community development and conservation: examples from shade coffee landscapes in Nicaragua and El Salvador. Center for Agroecology and Sustainable Food Systems. Report 6. Santa Cruz, CA.

Balazs, C. L., & Morello-Frosch, R. (2013).The three Rs: How community-based participatory research strengthens the rigor, relevance, and reach of science. Environmental justice, 6(1), 9-16.

FAO, I., UNICEF, PAM, & OMS. (2020). The State of Food Security and Nutrition in the World 2020: Transforming food systems for affordable healthy diets. FAO, IFAD, UNICEF, PAM and OMS.https://doi.org/10.4060/ca9692en

FAO. (2018). The 10 elements of agroecology. Guiding the transition to sustainable food and agricultural systems.

Freire, P. (2018). Pedagogy of the oppressed. Bloomsbury publishing USA.

Holt-Giménez, E., Shattuck, A., Altieri, M., Herren, H., & Gliessman, S. (2012). We already grow enough food for 10 billion people… and still can’t end hunger. Journal of Sustainable Agriculture. DOI: 10.1080/10440046.2012.695331

Martín-Baró, I. (1994). Writings for a liberation psychology. Harvard University Press.

Méndez, V. E., Bacon, C. M., Cohen, R., & Gliessman, S. R. (Eds.). (2015). Agroecology: A transdisciplinary, participatory and action-oriented approach. CRC press.

Organisation Mondiale de la Santé (2021) Eau portable Principaux faits.Available at:https://www.who.int/fr/news-room/fact-sheets/detail/drinking-water

Reason, P., and Bradbury, H. (Eds.) (2001). Handbook of Action Research: Participative Inquiry and Practice, SAGE Publications: London. (Pg.1)

Turkson, Cardinal. (24 Sept., 2021). Letter (Prot.N.1599/2021), announcing the Laudato Si’ Action Platform, which emerged as a gift from Pope Francis after the fifth anniversary of the Encyclical.

Original en anglais

Traduction Christine Gautier

Share this Post:

AVIS DE NON-RESPONSABILITÉ

Les points de vue, réflexions et opinions exprimés dans cet article n'engagent que leur(s) auteur(s) et ne peuvent être considérés comme reflétant les points de vue ou la position officielle du Secrétariat.

Publié par SJES ROME - Coordinateur de la communication in SJES-ROME
SJES ROME
Le SJES est une institution jésuite qui aide la Compagnie de Jésus à développer la mission apostolique, par sa dimension de promotion de la justice et de la réconciliation avec la création.