La récupération durable de l’eau en haute montagne : quand le projet en découle
Abstract
El jesuita Bryan P. Galligan reflexiona sobre su investigación de la pesca en los arrecifes de coral de la costa coralina de África Oriental, donde comenzó su trabajo con JENA en Kenia. Estudia cómo las prácticas pesqueras sostenibles mejoran tanto la biodiversidad como la salud nutricional de las comunidades costeras. Practicando snorkel en un arrecife en recuperación, Bryan se siente alentado por el impacto positivo que estos esfuerzos tienen en el ecosistema y en los medios de subsistencia locales.Le Pérou est situé dans la partie occidentale de l’Amérique du Sud. Sa population est aujourd’hui de 33 millions d’habitants. C’est un pays d’une grande diversité, avec une variété d’écosystèmes qui permettent de développer différentes activités économiques productives.
Le dernier recensement national du secteur de l’agriculture et de l’élevage (CENAGRO, 2012), a révélé que 97% des producteurs agricoles vivent et travaillent dans des exploitations familiales. Ceci est capital pour la sécurité alimentaire nationale étant donné que plus de 75% des aliments frais du panier de la ménagère proviennent de l’agriculture familiale.
L’agriculture familiale est un mode de vie caractérisé par la petite taille des exploitations (moins de 5 hectares par famille), par le faible usage de la technologie, par un accès limité aux systèmes d’irrigation, par une main d’œuvre familiale ainsi que par la situation géographique, dans la zone des Andes et de l’Amazonie péruvienne.
Dans la région de Cuzco, il y a un total de 2 666 567,32 hectares de cultures, dont seulement 17% (445 014,9) utilisent une technologie d’irrigation.
Des territoires de défis
Quispicanchi est l’une des provinces de Cuzco, Pérou. Sa population est de 101 000 personnes qui vivent dans de communautés paysannes et de petits centres urbains. 76% ont l’agriculture et l’élevage pour activités et moyens de subsistance principaux. L’agriculture familiale peut être divisée en deux groupes : celle qui produit exclusivement pour l’autoconsommation, et celle qui développe son activité afin de répondre à une demande et/ou en vue de la commercialisation.
Bien qu’ayant la deuxième la plus haute montagne enneigée du Pérou – Ausangate – ainsi que trois fleuves aux débits importants – Vilcanota, Mapacho et Araza –, l’un des principaux défis de l’agriculture à Quispicanchi est l’accès à l’irrigation. Seulement 25% des unités agricoles sont irriguées ; si à cela on ajoute le micro-parcellement[1] des unités agricoles, la promotion du développement agricole est un enjeu qui implique : l’établissement d’une relation de proximité avec les familles ; l’organisation des producteurs agricoles, des communautés paysannes et des institutions locales ; l’établissement d’une feuille de route qui permette l’identification et le développement d’alternatives stratégiques innovantes en s’appuyant sur la sagesse de la population ; la définition d’un plan d’action où les responsabilités sont partagées.
Des alternatives pertinentes
De nombreuses organisations qui œuvrent en faveur de la recherche et de la promotion du développement ont mis en place des projets et des stratégies de façon expérimentale afin que les agriculteurs aient suffisamment d’eau pour leur activité de production, en utilisant des ressources permanentes (sources, ruisseaux, rivières, lacs, etc.). Cependant, pour l’agriculture familiale sans irrigation, qui dépend des saisons et de l’eau de pluie, et qui se situe dans les hautes régions andines, à plus de 3 500 mètres d’altitude, la collecte de l’eau est une excellente alternative et répond à leur problème.
La technologie pour la récupération d’eau consiste à identifier les réservoirs naturels qui se trouvent en amont des zones de culture, à capter et à conduire les eaux pluviales vers les réservoirs naturels pendant la période en question, à construire des digues ou des petits canaux pour la stocker, à réaliser des ouvrages de conduite et de distribution et enfin, le plus important, à accompagner les producteurs afin qu’ils s’organisent pour la gestion de la récupération de l’eau.
La première expérience de récupération d’eau dans la province de Quispicanchi eut lieu en 1998, à l’initiative de la communauté paysanne Huarahuara, à la recherche d’une solution pour le problème des agriculteurs des communautés Lloqueta, Churubamba, Culli, Collotaro et Huarahuara. Après qu’on ait suivi son fonctionnement pendant deux ans, l’expérience a été reconduite dans d’autres communautés et districts de Quispicanchi, là où les agriculteurs rencontrent des problèmes semblables et où existent des caractéristiques topographiques favorables.
Pendant la période consacrée à l’identification du problème, à la création ensemble d’une alternative, à l’échelonnement du projet et à la durabilité de la récupération d’eau, la participation des familles a été fondamentale, ainsi que celle des organisations de producteurs et des gérants du système, de la communauté paysanne et des municipalités, avec l’accompagnement de l’équipe CCAIJO. En suivant cette feuille de route, 16 projets de récupération d’eau ont pu voir le jour, fournissant 1 500 000 m3 d’eau par an pour arroser 300 hectares. Ceci a bénéficié à 980 familles (unités agricoles) appartenant à 16 communautés paysanne des districts Ccatcca, Ocongate, Urgos et Andahuaylillas.
Changements induits
La mise en route des récupérations d’eau a engendré des résultats et/ou des changements visibles dans la dynamique communautaire : les familles ont retrouvé le goût de l’activité agricole ; les propriétés sont entrées dans un processus de capitalisation (par le biais de technologies d’irrigation, d’infrastructures telles que des hangars, des abris) et, par-dessus tout, la migration massive des communautés vers les villes a diminué.
Mais il y a eu d’autres améliorations encore : la production agricole avec deux récoltes par an ; le passage de l’activité agricole à l’élevage, avec notamment l’élevage de bovins laitiers et de cobayes ; et la demande de la population pour la construction de nouveaux systèmes de récupération d’eau (ou micro-barrages). Nous constatons également que la récupération d’eau permet de recharger les nappes aquifères en aval, que son évaporation atténue le fort rayonnement solaire qui ne cesse d’augmenter ces dernières années, et qu’elle est une solution face à la pénurie d’eau que subissent l’agriculture et la consommation humaine (une récupération d’eau qui était destinée à des fins agricoles sert aujourd’hui à la consommation humaine).
Les politiques publiques
Parmi les différentes stratégies du CCAIJO, la reproductibilité, le transfert et la durabilité sont les leviers qui permettent la mise en place de politiques publiques favorisant le développement agricole et rural. Dans le cadre de cette stratégie, 14 des 16 récupérations d’eau réalisées à Quispicanchi ont connu différents niveaux d’implication, de participation et de cofinancement de la part des municipalités. Le nombre, la période et l’expérience ont été des éléments clés pour le transfert de cette responsabilité aux municipalités qui, par suite des demandes et des pressions de la population, des producteurs et des communautés paysannes, ont pris part aux programmes d’investissement, ont renforcé leurs équipes de développement et d’exécution des projets de récupération d’eau.
En suite de l’expérience menée à bien par le CCAIJO à Quispicanchi, et par d’autres centres dans d’autres régions du pays, le Ministère du Développement agraire et de l’Irrigation (MIDAGRI) a fait appel à l’expertise du CCAIJO et d’autres centres pour contribuer à la mise en place de l’Unité d’exécution du Fonds Sierra Azul (Unidad Ejecutora Fondo Sierra Azul). L’objectif est d’augmenter la sécurité hydrique agricole par l’ensemencement et la récupération d’eau dans les zones agricoles des hauts plateaux andins dans tout le territoire péruvien, en favorisant prioritairement les agriculteurs aux revenus les plus faibles, en situation de pauvreté ou de grande pauvreté.
En 2015, le Ministère de l’Environnement a décerné à la CCAIJO le prix national de l’Environnement Antonio Brack Egg, pour sa contribution à l’amélioration des conditions environnementales et à la lutte contre le changement climatique dans les zones rurales, à travers les projets « Ensemencement et Récupération d’eau dans la Province de Quispicanchi à Cuzco ».
De nos jours, le Pérou connaît les débuts d’un gouvernement dont l’une des promesses les plus marquantes est la mise en place d’une « deuxième réforme agraire », visant à positionner l’agriculture familiale comme une priorité des politiques publiques ; l’une des principales composantes de cette agriculture est précisément l’ensemencement et la récupération d’eau. Directement sollicité par les organisations de producteurs, de paysans et par le Ministère du Développement agricole et de l’Irrigation, le CCAIJO participe concrètement à la conception de cette politique.
Un espace d’interapprentissage
Au cours des deux dernières décennies, les communautés paysannes de Quispicanchi sont devenues des territoires de visite préférentiels où des centaines de producteurs, de dirigeants d’organisations de producteurs, de responsables des communautés paysannes, de professionnels d’institutions publiques et privées, d’autorités municipales et régionales, originaires d’autres communes de Quispicanchi, de la région et de tout le pays, apprennent à reconnaître les différents facteurs – sociaux, techniques, budgétaires et autres – qui interviennent dans cette expérience afin de la reproduire ailleurs.
Toutes les communautés ont des leaders, hommes et femmes, capables d’accueillir les visiteurs pour leur expliquer les composantes du projet ; ils connaissent les conditions nécessaires pour faire de la récupération d’eau une réalité, ils sont en capacité de révéler et de conseiller les entités compétentes sur la feuille de route à suivre et ils connaissent également les procédures nécessaires pour la constitution et l’organisation de la gestion de la récupération d’eau.
La leçon de l’expérience
En guise de conclusion au bref résumé de cette expérience, nous pouvons affirmer que la participation des producteurs est capitale : c’est une stratégie fondamentale pour le développement et la durabilité de la récupération d’eau. Au cours de l’expérience, nous avons accompagné les producteurs ; ce sont eux qui ont identifié le problème et fixé les priorités ; une fois organisés, ce sont eux qui ont eu l’idée du projet ; ce sont eux qui l’ont conçu et planifié avec le soutien des professionnels ; ce sont eux qui, à travers leurs organisations, ont établi les responsabilités pour la période de construction. Ces leaders et responsables de terrain ont contribué de manière décisive à l’élaboration des mécanismes de gestion de la récupération d’eau, etc. Bref, le rôle moteur appartenait aux producteurs organisés et c’est grâce à cela que la réponse à leurs problèmes stratégiques s’avère être une réponse durable.
Original enespagnol
TraductionBeatriz Muñoz Estrada-Maurin