La Justice Sociale en Amérique Latine et aux Caraïbes à l’heure des pandémies: Quelques réflexions basées sur le RAPPORT SOCIAL 2021 de la CEPAL (Nations Unies)
Abstract
Les conséquences de la pandémie sont visibles à la fin de l'année 2021 avec près de 14% de la population latino-américaine vivant dans une extrême pauvreté : quatre-vingt-dix millions de personnes ! En ce qui concerne les classes moyennes, la pandémie a révélé leur extrême vulnérabilité, en raison des faibles niveaux de cotisations et de couverture sociale. Au cours de l'année 2021, les femmes quitteront en masse le monde du travail et il sera pratiquement impossible pour les jeunes d'entrer sur le marché du travail.
Les conséquences de la pandémie sont visibles à la fin de l'année 2021 avec près de 14% de la population latino-américaine vivant dans une extrême pauvreté : quatre-vingt-dix millions de personnes ! En ce qui concerne les classes moyennes, la pandémie a révélé leur extrême vulnérabilité, en raison des faibles niveaux de cotisations et de couverture sociale. Au cours de l'année 2021, les femmes quitteront en masse le monde du travail et il sera pratiquement impossible pour les jeunes d'entrer sur le marché du travail. La perte de plus de trente millions d'emplois n'est pas aujourd'hui compensée par la faible reprise d'une population active qui entre aussi fréquemment dans l'informalité. Avec une pandémie qui n'est pas encore terminée, les nouveaux emplois semblent être davantage motivés par le besoin de travailler qu'ont les gens que par la productivité réelle de l'économie. Ceux qui entrent aujourd'hui sur le marché du travail le font généralement dans des conditions moins favorables que ceux qui l'ont fait les années précédentes.
Le rapport social 2021, récemment publié par la CEPAL, propose un horizon : un nouveau pacte social pour adopter " des politiques publiques transformatrices, avec l'égalité et la durabilité au centre ". La pandémie a en outre souligné qu'en Amérique latine et dans les Caraïbes, "il est essentiel d'évoluer vers des systèmes de protection sociale universels, complets, durables et résilients". Dans un continent déjà marqué par les inégalités, la pandémie nous a montré que la seule façon d'avancer est de "passer à une économie et à une société du bienveillance".
Le nombre de décès dus aux effets du Covid 19 en Amérique latine et dans les Caraïbes jusqu'au 31 décembre 2021 représentait près d'un tiers de toutes les personnes décédées dans le monde à cause de ce virus. Et il ne faut pas oublier que, comme dans presque toutes les sociétés de la planète, ici aussi la "comptabilité" des malades et des décès est estimée bien en deçà des chiffres réels et de l'impact ressenti dans un système de santé complètement stressé. La surcharge des centres de santé et des hôpitaux a entraîné une baisse de la fréquentation pour le traitement de suivi d'autres maladies. Deux tiers du personnel de santé sont des femmes qui ont été surexposées à la situation, travaillant souvent en double équipe avec des malades à la maison.
La perte de plus de trente millions d'emplois n'est pas aujourd'hui compensée par la faible reprise d'une population active qui entre aussi fréquemment dans l'informalité.
Bien que l'impact de la maladie sur la mortalité semble proportionnel à l'âge de la maturité, le rapport du CEPAL indique que "la population des enfants, des adolescents et des jeunes a été l'une des plus touchées par les impacts socio-économiques de la pandémie". Le confinément et son impact socioculturel, ainsi que la fragilité des systèmes éducatifs, placent de nombreux enfants dans des situations de malnutrition, de déscolarisation ou de soumission à des mauvais traitements et des abus à la maison. Il n'est pas rare que cette agression soit également orientée vers les mères.
La division numérique signifie que les populations démunies ont deux fois plus de chances de ne pas être scolarisées. De même, les populations les plus pauvres ont souffert du manque de soins de santé lié à la saturation du système, et de l'absence d'alimentation alternative dans les cantines scolaires. En conclusion, CEPAL: "...les effets de la pandémie de Covid 19 affectent particulièrement les enfants, les adolescents et les jeunes appartenant à des populations qui ont historiquement fait face à des situations de plus grande vulnérabilité". Parmi ces groupes, le rapport identifie les populations autochtones, les personnes d'ascendance africaine, les migrants, les femmes et les personnes handicapées. La crise élargit les fractures sociales.
Le confinément et son impact socioculturel, ainsi que la fragilité des systèmes éducatifs, placent de nombreux enfants dans des situations de malnutrition, de déscolarisation ou de soumission à des mauvais traitements et des abus à la maison.
Pour toutes ces raisons, le rapport de la CEPAL SOCIAL 2021 préconise trois types de mesures : des transferts économiques, des améliorations de la qualité des services et des politiques actives de l'emploi.
Tout d'abord, les transferts économiques directs vers les personnes les plus en difficulté se sont avérés être une barrière qui a atténué l'impact sur de nombreuses personnes. La CEPAL propose, avec le soutien de l'UNICEF, que cela se fasse par le biais d'un "transfert universel pour les enfants" et d'améliorations du système de retraite pour accroître la couverture et l'adéquation des prestations. À cette fin, des mesures doivent être mises en place pour rendre le système plus solide financièrement.
Deuxièmement, elle souligne que les transferts d'argent ne doivent pas être effectués au prix d'une réduction des services publics. Outre les services d'eau, d'énergie et d'assainissement, la connectivité Internet est très importante. Il est nécessaire de garantir une scolarité de qualité dès la petite enfance et la création d'un environnement de réelle sécurité dans la rue, à l'école et à la maison, qui permette aux enfants de grandir sans violence ni peur. Le rapport souligne avec force qu'il est nécessaire d'éviter que le "bien-être de la population soit presque exclusivement propulsé par le travail non rémunéré des femmes".
Enfin, la CEPAL propose des mesures actives en faveur de l'emploi, parmi lesquelles la formation revêt une grande importance. La formation n'est pas suffisante, mais elle est le principal instrument pour aborder l'insertion de qualité dans le monde du travail et surmonter les écarts technologiques, de genre et ethniques.
Ce sont des défis qui doivent être relevés principalement par les États. La crise du Covid 19 a mis en évidence l'importance de l'État en tant qu'agent économique actif, en tant que soutien aux populations les plus vulnérables et en tant que garant des services publics qui rassemblent la communauté. D'autre part, l'instabilité politique et les luttes pour le pouvoir qui se déroulent sous nos yeux au quotidien montrent que sans une citoyenneté active, responsable et participative, nos administrations publiques dépensent leur énergie à des objectifs personnels ou partisans très éloignés de ce dont nous avons besoin en tant que sociétés.C'est notre défi.
AVIS DE NON-RESPONSABILITÉ
Les points de vue, réflexions et opinions exprimés dans cet article n'engagent que leur(s) auteur(s) et ne peuvent être considérés comme reflétant les points de vue ou la position officielle du Secrétariat.