Pêcher pour se nourrir sur les côtes de récifs coralliens d’Afrique de l’Est
Bryan P. Galligan
Alors que le soleil se couchait et que les ombres s’allongeaient à travers le sable blanc, j’ai mis mon masque et mon tuba et je me suis glissé dans les eaux chaudes de l’océan Indien. La marée venait tout juste de changer et j’ai nagé à contre-courant à travers les eaux peu profondes du lagon. Je pouvais presque sentir la plage se rétrécir au loin et j’ai reconnu le familier frisson de peur et d’impuissance qui m’envahit chaque fois que je nage en pleine mer. J’ai tracé un trajet direct pour la bordure du récif de corail qui s’étendait entre moi et la pleine mer. J’étais excité de finalement découvrir l’un des sites d’étude dont j’avais analysé les données depuis des années pour les pêcheries locales.
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J’ai commencé mon travail sur les pêcheries dans les récifs de corail durant ma régence avec JENA, le réseau jésuite africain pour la justice et l’écologie à Nairobi, au Kenya. J’ai continué à collaborer avec des partenaires de JENA et d’ailleurs depuis mon retour aux États-Unis, en 2023. Mon système d’étude, les côtes de récifs coralliens de l’Afrique de l’Est, abrite l’un des systèmes de récifs de corail les plus longs du monde. Il s’étend de la pointe méridionale de la Somalie (en Afrique de l’Est) jusqu’à Kwazulu en Afrique du Sud.
Des millions de personnes dépendent de ces récifs de corail le long des milliers de kilomètres de côte pour se nourrir et pour subvenir à leurs besoins. Malheureusement, trop souvent, les poissons qu’ils pêchent ne sont considérés que pour leur valeur économique. Cela contribue à la surpêche et à l’insécurité alimentaire à un moment où les changements climatiques menacent déjà les vies et le gagne-pain des communautés côtières.
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L’agroécologie offre une approche alternative holistique pour les systèmes alimentaires côtiers. Cette approche systémique et holistique nous a amenés, mes collègues et moi, à relier la nutrition de la santé publique et l’écologie marine. Nous avons alors cherché comment les pêcheries pouvaient fournir la nourriture aux personnes tout en développant une résilience écologique pour les récifs coralliens. Après plusieurs années de recherche, nous avons découvert que ces deux objectifs vont souvent main dans la main. Au Kenya, en 2010, les pêcheurs qui utilisaient des paniers-pièges ont commencé à ajouter des espaces de fuite pour protéger les jeunes poissons. On pourra dire bientôt si les pièges modifiés ont capturé davantage de poisson. Toutefois, notre recherche démontre aussi que les prises sont devenues plus durables et plus nutritives. Nous pouvons évaluer les prises de poissons à travers la région pour leurs contenus de micronutriments. Nous avons trouvé que les pêcheries à plus petite échelle offrent des micronutriments cruciaux pour les communautés côtières qui souffrent d’insécurité alimentaire. Dans certains pays, mettre fin à la surpêche, un objectif important pour la biodiversité, produirait assez de micronutriments additionnels pour approvisionner plus de 100 % de la demande actuelle pour le sélénium, les oméga-3 et le zinc pour les enfants de 1 à 3 ans. En d’autres mots, réduire les prises et utiliser des méthodes durables peut contribuer à la santé publique tout en protégeant les récifs coralliens.
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Après plusieurs minutes de nage, j’ai atteint le récif, j’ai fait demi-tour et permis au courant de me ramener lentement vers la plage. Les prairies sous-marines et les parcelles de coraux défilaient, révélant leur bande de vigilants poissons juvéniles et de crabes territoriaux. Et même quelques porcelaines-tigres avec leurs manteaux étendus comme de longs doigts fouillant l’eau au-dessus d’eux. Le récif a été surexploité, mais il est en voie de guérison. Je suis encouragé de voir la diversité des espèces qui profitent d’un habitat intact protégé par les actions de la communauté locale. Je soupire de contentement à travers mon tuba alors que je pense au soin inter-espèces, au développement de la résilience et à l’abondance de vie dans ce petit lagon. Le soleil approche de l’horizon, le courant me porte et me pousse vers la plage, et je sais que le récif récupère et se porte mieux.
Original anglais
Bryan P. Galligan, S.J. est un scholastique jésuite de la province de l’Est américain qui étudie la théologie au Boston College. Avant ses études théologiques, Bryan a servi au Réseau jésuite pour la justice et l’écologie (JENA) à Nairobi, au Kenya. Il y a coordonné les efforts de revendication du réseau sur la question de justice alimentaire et climatique et il a effectué une recherche sur les pêcheries des récifs coralliens.
Regardez la vidéo pour en savoir plus sur la mission.





