Première rencontre de la Plateforme pour le désinvestissement dans l’industrie minière

Dans un contexte de transition énergétique, de multiplication des conflits armés, de pratiques minières illégales ainsi que d’expansion numérique, la demande en minéraux a considérablement augmenté depuis les années 2010[1] et ne cessera de croître selon les rapports de l’Agence Internationale de l'Énergie[2].

Dans ces conditions, qui ont entraîné la prolifération de l’activité minière à l’échelle mondiale, le sud global est particulièrement affecté. L’industrie minière occupe un espace de plus en plus vaste dans ces territoires naturellement dotés de ces ressources. Or, l’extractivisme industriel et extensif a des conséquences généralement désastreuses pour les communautés les plus vulnérables et les plus pauvres de ces territoires, en termes de violations des droits humains, d’impacts sociaux et sanitaires, ainsi que de dégradation environnementale à long terme. Autrement dit, il s’agit d’une reproduction de la pauvreté face aux promesses de développement formulées par les gouvernements et les entreprises minières (ayant des capitaux nationaux et internationaux), la propagation de maladies infantiles et de pathologies chroniques dues à la contamination de l’environnement et des ressources hydriques par les métaux lourds résultant de l’activité miniere[3], la perte de terres vitales pour les communautés les plus pauvres, contraintes de se déplacer, et la dégradation de leurs conditions de vie[4], l’intensification de la déforestation[5] liée à la construction d’infrastructures de toute la chaîne de valeur (extraction, stockage et traitement des minerais), la transformation complète de la géographie humaine et écosystémique des territoires sous l’effet des routes et des voies ferrées destinées à l’exportation[6], etc.

Face à ces répercussions socio-environnementales d'une ampleur croissante, le Réseau Iglesias y Minería (Églises et industrie minière) a été créé en 2013 dans le but de soutenir et d'accompagner les communautés touchées par l'extraction minière. Initialement développé en Amérique latine, le réseau aspire aujourd'hui à étendre son rayonnement et son action au reste du monde, et à aborder un aspect fondamental de cette problématique : le financement de ces activités. À cette fin, le Réseau Iglesias y Minería (Églises et secteur minier) a impulsé la création d’un espace de dialogue, de coordination et de mise en relation sans précédent : la Plateforme pour le désinvestissement dans l’industrie minière.

Du 19 au 21 mars 2026, à Rome, la première rencontre de cette plateforme s’est tenue au Centre des congrès de Villa Aurelia. Ce fut une occasion propice à la convergence et à l’échange entre divers acteurs engagés en faveur de la justice socio-environnementale. Il convient de souligner la présence et la contribution d’organisations ecclésiales et de réseaux internationaux tels que CIDSE,CCFD – Terre Solidaire et Manos Unidas. Le Secrétariat pour la Justice sociale et l’Écologie (SJES), par le biais de l’initiative Justice in Mining (Justice dans le secteur minier) du Réseau mondial de plaidoyer ignatien (GIAN), était également présent pendant ces trois jours de rencontre et de réflexion.

Cette rencontre fondatrice a marqué une étape clé dans la structuration d’un mouvement mondial cherchant à remettre en question le rôle du système financier dans le soutien aux industries extractives. À travers un processus participatif, spirituel et politique, les participants ont jeté les bases d’une plateforme destinée à jouer un rôle stratégique dans les années à venir en matière de réorientation des investissements pour les acteurs, tant au sein de l’Église catholique que dans d’autres espaces œcuméniques et religieux.


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Picture Credit: iglesiasymineria

Un objectif clair : désinvestir pour réinvestir dans la transformation

Le principal objectif de cette plateforme est de promouvoir le désinvestissement dans les industries minières, en particulier celles qui génèrent des impacts sociaux et environnementaux négatifs dans les territoires du sud global. L'enjeu majeur est multiscalaire[7], avec un travail d’incidence sociale et politique à mener efficacement, tant à l’échelle locale et régionale qu’à l’échelle nationale et internationale.

La plateforme ne vise pas à encourager l’investissement dans un secteur spécifique, mais plutôt à réorienter les investissements vers des activités faisant preuve d’éthique et d’intégrité, ainsi que de respect de la dignité humaine et du soin de la Maison commune. Il peut s’agir, par exemple, d’activités telles que les systèmes alimentaires intégrés, l’éducation, la recherche, le commerce équitable, etc. Dans le cas des organisations confessionnelles (faith-based organisations), en raison de leur autonomie financière, le choix du type d’investissement relève d’une décision interne, en fonction des besoins spécifiques de leur communauté et de leur territoire. La plateforme aspire à accompagner ces décisions afin qu’elles soient éthiques, éclairées et responsables.


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Un espace de plaidoyer mondial

Lors du lancement officiel, à l’occasion d’une conférence de presse[8] à la Sala Stampa du Saint-Siège, la plateforme a présenté sa vocation de plaidoirie mondiale. Il s’agit d’un espace à travers lequel les communautés et territoires du sud global peuvent exprimer leur voix, partager leurs témoignages et dialoguer avec des institutions du nord global, en les invitant à prendre en compte la réalité de ces contextes et à réfléchir à l’impact de leurs investissements dans le secteur minier.

Yolanda Flores — leader Aymara de l’association civile Derechos Humanos y Medio Ambiente (DHUMA) au Pérou — est intervenue pour témoigner des effets de l’activité minière sur le territoire de sacommunauté aymara[9], dans la région du lac Titicaca. Elle a notamment abordé les conséquences sanitaires des métaux lourds rejetés par les exploitations minières dans l’eau et l’atmosphère de la zone. À ses côtés — le cardinal Álvaro Ramazzini[10], Monseigneur Vicente Ferreira[11] (évêque de Bahia), Daniel Mutale SJ[12] (responsable du groupe de travail sur les systèmes alimentaires du GIAN) et Martin Bahati SJ[13] (CARF) — ont également présenté des exemples concrets de situations alarmantes au Guatemala, au Brésil, en Zambie et en République démocratique du Congo, illustrant l’ampleur du phénomène et de ses impacts.

La plateforme ne cherche pas uniquement un changement technique dans les flux financiers, mais davantage une transformation éthique et systémique du modèle économique dominant fondé sur l’extractivisme, dont les activités produisent des transformations irréversibles dans les communautés et les territoires.

Elle s’inscrit dans une vision de justice sociale et environnementale, dans une perspective d’écologie intégrale[14] inspirée de l’encycliqueLaudato Si’, en lien étroit avec les valeurs spirituelles et théologiques développées lors des sessions éco-spirituelles de la rencontre.


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Un processus de construction collective

Ce qui a caractérisé cette première rencontre est le processus participatif par lequel les bases de la plateforme ont été posées. Loin d’un modèle vertical, les organisateurs ont privilégié une approche favorisant l’intelligence collective. Au cours des trois jours, la rencontre s’est déroulée selon une dynamique alternant apports théoriques, témoignages, ateliers et moments spirituels.

Le premier jour a posé les bases politiques et symboliques de l’initiative, à travers un espace éco-spirituel, rappelant l’ancrage éthique du projet, et des interventions ayant contribué à élaborer un diagnostic partagé. Le deuxième jour a été consacré à la contextualisation et à l’approfondissement des enjeux géopolitiques et théologiques. Ces apports ont nourri des espaces de travail au sein desquels les participants ont échangé leurs perspectives et esquissé des pistes d’action pour la plateforme. Parmi les idées évoquées a figuré la nécessité de rendre visibles les impacts de l’extractivisme — notamment auprès des communautés —, de renforcer les liens et l’écoute des territoires, de promouvoir des processus de sensibilisation et de formation, ainsi que de réaliser des recherches et d’approfondir la compréhension du rôle du système financier dans l’industrie minière. Ces propositions restent toutefois en cours de réflexion et de consultation au sein du Réseau Iglesias y Minería.

Le troisième jour a marqué une étape vers la projection future et l’opérationnalisation. Certaines priorités ont été identifiées et des réflexions ont été engagées sur les modalités d’articulation, de coordination et de continuité du processus, notamment à travers la possible mise en place d’un groupe moteur. La nécessité de développer des outils communs, des critères éthiques et des espaces de collaboration pour soutenir le développement progressif de la plateforme a également été soulignée.

La première rencontre de la Plateforme pour le désinvestissement dans l’industrie minière a été bien plus qu’un simple espace d’échange : elle a posé les bases d’une dynamique collective appelée à se développer dans le temps. Ce processus, collectif, humain et progressif, fondé sur l’écoute, le dialogue et la co-construction, constitue en lui-même une réussite et une source d’espérance. En articulant analyse critique, fondements éthiques et construction participative, les participants ont fait émerger une vision commune, dont les orientations continueront d’être travaillées et définies dans le cadre de la Red Iglesias y Minería.


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Vers une transition juste

Face aux défis de l’extractivisme, la plateforme se présente comme un levier stratégique pour agir sur les structures financières qui soutiennent ces modèles. Elle ouvre ainsi un espace de convergence capable d’articuler acteurs, territoires et échelles d’action, tout en portant une voix forte en faveur de la justice socio-environnementale.

Dans cette perspective, le travail impulsé par la Plateforme pour le désinvestissement dans l’industrie minière s’articule directement avec les réflexions et actions qui seront développées lors de la Conférence de Santa Marta[15], prévue du 24 au 29 avril 2026 en Colombie, autour de la transition juste, l’un des quatre appels du SJES[16] en vue de la COP31 de novembre 2026.

En effet, la nécessaire sortie des combustibles fossiles implique le développement d’alternatives telles que les énergies renouvelables (panneaux solaires et photovoltaïques, parcs éoliens, etc.) et les technologies électriques (véhicules électriques), dont la production dépend largement de l’extraction de minerais. Cet enjeu met en évidence une tension fondamentale : comment avancer vers une transition énergétique sans reproduire les logiques extractivistes qui affectent les territoires et les communautés du sud global ? Dans ce contexte, la plateforme contribue à promouvoir une transition juste, qui implique non seulement de réduire la dépendance aux combustibles fossiles, mais aussi de garantir que l’extraction des minerais se fasse dans des conditions éthiques, respectueuses de la dignité humaine, des droits des communautés et de l’environnement.


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Le rôle et l'implication du SJES

L'Initiative Justice in Mining (Justice dans le secteur minier) du Réseau mondial de plaidoyer ignatien (GIAN), coordonnée et accompagnée par le SJES, entretient une collaboration de longue date avec le Réseau Iglesias y Minería. En 2021, l'initiative a fortement soutenu la Campagne pour le désinvestissement, en envoyant des déclarations et en encourageant les collaborations entre les organisations inspirées par la foi et la Commission Justice, Paix et Intégrité de la Création (JPIC) de l'UISG. Au fil des ans, l’Initiative GIAN Justice dans le secteur minier s’est efforcée de défendre des valeurs respectueuses tant de la création que de la justice sociale, dans le but de défendre les droits de notre maison commune et des communautés directement touchées et/ou menacées par les effets de l’exploitation minière et d’autres pratiques extractives.

En allant de l’avant, compte tenu des facteurs géopolitiques actuels ainsi que des valeurs du Réseau mondial de plaidoyer ignatien, nous devons également prendre en considération les résultats attendus de la Première Conférence pour la transition vers l’abandon des combustibles fossiles, qui se tiendra fin avril 2026 en Colombie. Il s’agit d’une « plateforme politique durable pour les pays disposés à mettre en œuvre des actions axées sur la mise en œuvre en vue d’une élimination ordonnée des combustibles fossiles. Offrir un espace complémentaire à la CCNUCC, en contribuant formellement à la feuille de route de la présidence de la COP30 tout en accélérant la mise en œuvre pratique. Un dialogue innovant et horizontal qui approfondit la gouvernance climatique démocratique grâce à une participation significative et influente des pays et des gouvernements infranationaux, de la société civile et d’autres acteurs»[17]. Une initiative bienvenue dans le cadre où la transition énergétique juste n’est nullement mentionnée dans les négociations sur le climat, comme le démontre le texte final de la COP30.

La Campagne «Jésuites pour la Justice Climatique » a défini et appelé à quatre objectifs principaux lors de la COP30, dont le troisième est « d’établir des objectifs clairs pour une transition énergétique juste visant à réduire les émissions de CO₂, en tenant compte des responsabilités historiques, en respectant les droits humains — en particulier les droits des peuples autochtones —, en valorisant et en protégeant la nature, et en privilégiant les moyens de subsistance durables plutôt que les modèles axés sur le profit»[18]. Le Secrétariat pour la Justice sociale et l’Écologie de la Compagnie de Jésus réaffirme son appel à poursuivre la promotion du dialogue et à plaider, aux côtés de tous ses alliés, en faveur d’une conversion écologique qui défende la dignité humaine tout en respectant notre maison commune. Il est impératif – malgré les vents contraires – de continuer à construire le multilatéralisme, en particulier dans les négociations sur le climat. Il est tout aussi crucial de veiller à ce que les décisions multilatérales soient mises en œuvre de manière uniforme dans les plans climatiques nationaux, car, sinon, les efforts ne se concrétiseront qu’à petite échelle.

Le chemin à parcourir est long, mais cette nouvelle étape vers une Plateforme pour le désinvestissement dans le secteur minier est sans aucun doute un pas dans la bonne direction.






Maya Lelièvre
SJES Networking Volunteer Intern

[1]Agence Internationale de l’Énergie. (2021).The Role of Critical Minerals in Clean Energy Transitions. World Energy Outlook Special Report.
The Role of Critical Minerals in Clean Energy Transitions
[2]Agence Internationale de l’Énergie. (2025). Global Critical Minerals Outlook 2025.
Global Critical Minerals Outlook 2025
[3]Unearthed - Greenpeace. (2018, April 10).The city built around a mine.
Cerro de Pasco: The city built around a mine - Unearthed
[4]Oxfam Australia. (2025, July 1). Resource wealth, poverty, and environmental impact in mining.
Impacts of Mining | Oxfam Australia
[5] World Resources Institute. (2024, October 23). Mining Is Increasingly Pushing into Critical Rainforests and Protected Areas.
Mining Is Increasingly Pushing into Critical Rainforests and Protected Areas | World Resources Institute
[6] Revista Pesquisa Fapesp. (2022). Las carreteras asociadas a la minería provocan grandes daños ambientales en la Amazonia.
Las carreteras asociadas a la minería provocan grandes daños ambientales en la Amazonia : Revista Pesquisa Fapesp
[7] Évoluer et agir à différents niveaux.
[8]Sala Stampa della Santa Sede. (2026, Marsh 20). Conferenza Stampa per il lancio della Piattaforma di Disinvestimento nell’Ambito Minerario, 20.03.2026.[B0218].
Conferenza Stampa per il lancio della Piattaforma di Disinvestimento nell’Ambito Minerario
[9]Ojo Público. (2024, June 16) Ese pueblo existe: comunidades aymaras entre el miedo y la desconfianza por concesiones mineras.
Ese pueblo existe: comunidades aymaras entre el miedo y la desconfianza por concesiones mineras | Ojo Público
[10]ADN Celam. (2023, December 2). Red de Iglesias y minería se solidariza con el cardenal Álvaro Ramazzini tras amenazas en su contra.
Red de Iglesias y minería se solidariza con el cardenal Álvaro Ramazzini tras amenazas en su contra - ADN Celam
[11]Consolata América. (2023, January 16). La minería y su impacto en la Amazonia brasileña.
La minería y su impacto en la Amazonia brasileña - Consolata América
[12]FordhamNow. (2025, May 6). Jesuit Ph.D. Grad Uses Research to Promote Social Justice in Zambia.
Jesuit Ph.D. Grad Uses Research to Promote Social Justice in Zambia
[13]Radio Vatican. (2015, July 25). Rd Congo : Les Jésuites au chevet des réfugiés à l’Est du pays.
Rd Congo : Les Jésuites au chevet des réfugiés à l’Est du pays
[14] Manos Unidas. (s.f.). Capítulo 4: «Una ecología integral». "Laudato Si'" habla sobre la ecología humana.
Capítulo 4: «Una ecología integral» | ONG Manos Unidas
[15]Cancillería del Gobierno de Columbia. (2026, February17). Colombia acogerá la Primera Conferencia Internacional para la Transición más allá de los Combustibles Fósiles.
Colombia acogerá la Primera Conferencia Internacional para la Transición más allá de los Combustibles Fósiles | Cancillería
[16]EcoJesuit GIAN - SJES. (s.f.). Religious Life for Climate Justice: Turning Hope Into Action.
Religious Life for Climate Justice: Turning Hope Into Action - Ecology and Jesuits in Communication
[17] 1ère Conférence pour la Transition vers l’abandon des combustibles fossiles. Colombie - Pays Bas.(s.f.). Acerca de la Conferencia.(À propos de la Conférence)
Acerca de — Primera conferencia sobre la transición para abandonar los combustibles fósiles
[18]Religious Life for Climate Justice Campaign. Turning Hope into Action. (2025, June).
Statement and Policy Brief of the -Religious Life for Climate Justice Campaign, Turning Hope into Action- FR

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