Afrique – Journée mondiale du sida 2023 Déclaration du JCAM: Nous ne sommes pas le “fils du propriétaire”, c’est la Communauté qui l’est !
Nairobi, 01 décembre 2023.
En juillet 2000, j'ai été envoyé pour un travail pastoral sur le terrain à Kasisi-Zambie, à quelques kilomètres de Lusaka. Ma tâche consistait à soutenir le programme de soins à base communautaire, qui était lancé en tant que réponse locale et communautaire au VIH et au SIDA. C'était au plus fort de la pandémie, et le taux de prévalence de 37 % de l'Afrique semblait sous-estimer la réalité.
Un matin sinistre, une moto hurlante nous a conduits, un guide et moi, à travers un petit chemin sablonneux jusqu'à un village où une série de décès liés au VIH et au sida s'étaient produits. En arrivant à la maison du défunt, nous pouvions encore percevoir les braises mourantes du feu de la veillée de la nuit précédente. Une femme d'un certain âge se prélassait encore dans la chaleur, mais cela ne cachait guère sa douleur et son énorme angoisse. Mon regard s'est cependant rapidement posé sur un enfant qui devait avoir quatre ou cinq ans. Ce décès l'avait rendu orphelin pour la deuxième fois, car il venait de perdre son deuxième parent et devait maintenant vivre avec sa grand-mère vieillissante. Son regard était vitreux et dépouillé, et il était trop visible qu'il pleurait depuis longtemps. Il n'y a rien de plus dévastateur que les pleurs d'un enfant, quelle qu'en soit la cause. Après lui avoir demandé son nom, je lui ai donné un paquet de biscuits que j'avais dans ma poche. Un geste désespéré qui exprimait toute ma détresse : un petit paquet de biscuits ! Et après ? C'était la manifestation de ma profonde impuissance. Quelle chance avait-il de survivre ?
Je ne sais pas ce qu'il est devenu aujourd'hui, mais ce souvenir ne me quitte pas. Il me rappelle, d'une part, l'urgence de répondre à la pandémie de VIH et de sida qui sévit toujours dans cette partie du monde. D'autre part, nous devons savoir que si ce garçon a survécu, la communauté a dû jouer un rôle crucial. Le souvenir de cet enfant me permet de faire cette déclaration à l'occasion de la Journée mondiale du sida 2023 : l'urgence n'est toujours pas surmontée et la communauté devrait être davantage responsabilisée.
L'urgence n'a pas diminué !
Il est vrai qu'au cours des 21 dernières années, le monde a connu des progrès significatifs dans la lutte contre le VIH et le sida, grâce aux avancées de la recherche médicale, à l'accès accru au dépistage, aux traitements, aux programmes de sensibilisation, aux interventions de prévention et à l'intensification des stratégies de réduction de la stigmatisation. Mais, comme le souligne le thème alarmant de l'ICASA (Conférence internationale sur le SIDA et les IST en Afrique), le SIDA n'est pas terminé ! En effet, plus de 40 ans après, le VIH et le sida causent toujours des troubles incommensurables à plus de 39 millions de personnes. Ces personnes sont confrontées à des problèmes sanitaires, sociaux, psychosociaux, économiques et spirituels. Ce qui est encore plus alarmant, c'est qu'il y a de nouvelles infections, malgré ces efforts considérables, avec 1,3 million de personnes nouvellement infectées par le VIH dans le monde en 2022. Le rapport 2023 de l'ONUSIDA montre que 4 000 adolescents âgés de 14 à 24 ans sont infectés chaque semaine, dont 3 100 en Afrique subsaharienne. L'urgence est exacerbée par les défis liés aux inégalités, à la stigmatisation, à l'augmentation de la pauvreté, à l'apathie, à la mauvaise gouvernance et au manque d'attention de la part du grand public. Ces problèmes ne sont pas une abstraction pour les communautés, mais font plutôt partie de leurs vicissitudes quotidiennes. Quelle devrait donc être la réponse appropriée aujourd'hui ?
"Laisser les communautés prendre les devants !
Le thème de la Journée mondiale de lutte contre le sida de cette année est "Laissez les communautés prendre l'initiative". Cette affirmation reconnaît à juste titre le rôle des personnes affectées et de leurs communautés, tout en admettant la futilité d'une action qui exclut la participation active de chaque membre de la société. Tout comme le message de l'ICASA, elle souligne l'importance de penser et d'agir ensemble. C'est une déclaration selon laquelle aucun problème n'est l'apanage d'une seule personne.
Source: jesuits.africa





