Témoignage

À la rencontre de Dieu dans la prison Angola

Chris Kellerman, SJ Chris Kellerman, SJ

En avril dernier, dans le cadre d'un séminaire de trois semaines sur l'enseignement social catholique, mon noviciat jésuite a visité le pénitencier de l'État de la Louisiane, mieux connu sous le nom de la prison Angola. 

Quoique par le passé j'avais eu l'occasion de travailler pour un programme offrant de l'aide aux prisonniers récemment libérés, jusqu'à ce jour je n'avais pas eu d'interaction avec des prisonniers incarcérés de manière permanente. Vivre cette expérience s'est révélé être l'un des moments les plus importants de mon noviciat.

Le Père Bernard "Bernie" Papania, l'aumônier catholique en poste à plein temps à la prison Angola, a rencontré notre groupe à la porte.

Avec un groupe de détenus qu'il a sélectionné pour l'aider à faire du ministère auprès de leurs pairs, le Père Bernie est au service de la population catholique parmi les 8200 prisonniers incarcérés à Angola.

Après notre passage à la sécurité, le Père Bernie nous a amené dans une pièce pour rencontrer les détenus responsables de ce ministère. Autant que je sache, tous servaient une sentence à vie, comme la grande majorité des personnes incarcérées dans cette prison. Ils nous ont donné une magnifique présentation sur le programme hospitalier administré par les détenus, suivi par une série de témoignages. Nous étions tous ébahis par le fait que ces hommes avaient grandi dans la foi au milieu d'un environnement extraordinairement difficile. J'ai particulièrement été touché par l'histoire de Kevin, un jeune homme trouvé coupable d'un double meurtre; il a partagé avec éloquence l'histoire de sa conversion, né de la contemplation d'un crucifix lors d'une nuit d'insomnie.

Lorsque la session s'est terminée, les hommes nous ont fait faire le tour d'Angola. Ils nous ont montré la serre de la prison et l'atelier de jouets; nous avons visité corridor où se trouvait un groupe d'hommes punis suite à des violations disciplinaires. Alors que nous marchions vers la cafétéria, j'ai rattrapé Kevin. Il a partagé davantage sur le quotidien à Angola et je lui ai posé une question qui me tenait à cœur depuis le matin.

-"Kevin, comment fais-tu pour vivre à travers tout cela?"

Il s'est arrêté et m'a regardé. " Certains jours c'est vraiment dur. Je sais que je vais mourir ici. J'espère seulement que je peux faire une différence dans la vie de quelqu'un d'autre."

Je lui ai dit combien il m'avait inspiré. Il a souri et a baissé les yeux, soulignant que jamais personne ne lui avait dit cela.

Alors que notre visite arrivait à sa fin j'ai pris l'adresse de Kevin pour que nous puissions continuer à échanger. J'étais très ému par tout ce que j'avais vu et entendu. Et pourtant je ressentais une tension intérieure: une famille quelque part avait vu la vie de ses membres altéré tragiquement et de manière permanente par les actions de Kevin. En dépit de sa conversion émouvante, un couple âgé étaient morts et leur famille vivaient avec le poids de leur absence. Est-ce que Kevin méritait de faire l'expérience de l'amour et de la compassion de quelqu'un d'autre? Méritait-il de se sentir autrement que misérable?

La réponse est non, bien évidemment. Mais moi non plus. Certaines des erreurs que j'ai commises ont causé des dommages irréversibles dans la vie de bonnes personnes et rien, ici bas, ne pourra effacer ce dommage. Je mourrai à l'intérieur des murs de prison que sont ces conséquences irréversibles.

Et pourtant, pour des raisons incompréhensibles, Dieu continue à m'aimer. De quelque façon, l'amour de Dieu a pénétré les murs de ma prison et Il m'a embrassé avec l'amour de mes amis et de ma famille, de mes frères jésuites et de celui de ceux et celles avec qui je travaille. Je ne mérite pas leur amour -- ma prison de conséquences irréversibles me le rappelle-- mais c'est précisément cet amour non mérité qui me convainc que la grâce est réelle et que Dieu peut et fera toutes choses nouvelles.

Kevin mourra à la prison Angola. Je peux choisir de l'aimer, lui et d'autres vivant la même situation; choisir de les visiter et de les défendre si nécessaire, ou je peux choisir de les ignorer et de les haïr. Mon choix ne ramènera pas leurs victimes à la vie, ni n'abattra les murs qui rappellent quotidiennement à ces hommes ce qu'ils ont fait. Mais mon choix peut déterminer si oui ou non ils pourront connaître l'amour totalement inconditionnel de Dieu que j'ai moi-même découvert. Comment puis-je ressentir autre chose qu'un désir passionné qu'ils fassent cette expérience dans toute son immense miséricorde, sa compassion et sa tendresse?

La journée c'est terminée par une Eucharistie. Avant le début de la célébration, alors que nous étions assis calmement dans la chapelle de la prison, quelqu'un s'est approché de l'autel et c'est dressé sur la pointe des pieds pour allumer le cierge pascal. Ce cierge porte le témoignage de la vérité que le Christ est vivant, qu'Il nous aime et nous pardonne--même ceux d'entre nous qui avons bâti nos propres murs de prison. Le servant de messe, un meurtrier, est retourné à sa place et nous nous sommes tous préparés à recevoir le corps crucifié et ressuscité de notre Seigneur.

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Publié par SJES ROME - Coordinateur de la communication in SJES-ROME
SJES ROME
Le SJES est une institution jésuite qui aide la Compagnie de Jésus à développer la mission apostolique, par sa dimension de promotion de la justice et de la réconciliation avec la création.