Asie-pacifique – l’avenir de la sauvegarde

La Promotion d'une Culture Cohérente de la Protection est un projet initié en 2018 par le Secrétariat de la Justice Sociale et de l'Ecologie de la Compagnie de Jésus. Le travail est aligné sur la deuxième Préférence Apostolique Universelle : Marcher avec les exclus. Le père John Guiney SJ, coordinateur du projet, reconnait que la prise en compte des questions d'abus participe de la mission fondamentale de justice et de réconciliation des Jésuites. "Notre engagement pour la justice était incroyable - comme nous disons en français incroyable, pas crédible - jusqu'à ce que nous fassions face aux questions d'abus dans l'église, en reconnaissant qu'il s'agit aussi d'une question de justice."

Le Père Guiney et la chercheuse Dr Sandra Racionero-Plaza, qui fait office de coordinatrice adjointe, ont rejoint les supérieurs majeurs de la Conférence jésuite d'Asie-Pacifique (JCAP) à Chiang Mai pour présenter les résultats de l'audit au sein de la JCAP sur les trois normes de base de la sauvegarde : 1) avoir des politiques de sauvegarde solides et vivantes, 2) la formation et la formation continue, et 3) avoir des protocoles appropriés pour traiter les plaintes et les allégations.

"Le langage de la sauvegarde est en train de changer. Chaque contexte, chaque culture est différente, et les politiques doivent donc être continuellement reformulées en dialogue avec les communautés mondiales, les cultures mondiales et les pratiques mondiales", explique le père Guiney.

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En 2021, déclare le père Guiney chaque province a établi des politiques pour répondre aux problèmes de sauvegarde. Bien que ce soit une étape importante, il souligne l'importance d'avoir des politiques "vivantes" qui évoluent en dialogue avec les communautés. Il est essentiel que les communautés de base soient conscientes de l'engagement de la Compagnie de Jésus en matière de protection des enfants et des adultes vulnérables. Certains domaines doivent être renforcés, comme la formation des partenaires laïcs, notamment les enseignants, les travailleurs sociaux et les soignants, qui travaillent directement avec les enfants et les adultes vulnérables.

"Transformer des politiques vivantes en structures réelles avec du personnel formé dans le monde entier créera de la cohérence", reconnait-il. Pour cela, un provincial doit allouer des ressources financières et sélectionner les meilleurs hommes et femmes de sa province pour mettre en œuvre les politiques. Le rôle des femmes selon lui est crucial dans ce domaine pour exécuter efficacement la mission de transformation pour une culture de la protection.

Le Dr Racionero-Plaza a noté pour sa part que la formation est un sujet de préoccupation au niveau mondial et pour la JCAP, en particulier la formation des différentes parties impliquées, l'information des jésuites et des collaborateurs laïcs, et d'autres systèmes de soutien, comme les politiques de compensation et de réparation, ainsi que la manière d'accompagner et de soutenir les victimes et la personne accusée. Le Dr Racionero-Plaza est professeur associé à l'université de Barcelone et titulaire d'un doctorat conjoint de l'université du Wisconsin-Madison. Forte de deux décennies d'expérience, elle est considérée comme l'un des meilleurs chercheurs dans le domaine. Elle a rejoint le projet en janvier 2023.

Pour elle, la Compagnie de Jésus se distingue par son plan, ses actions et sa volonté d'aborder et de renverser le problème des abus et de transformer les communautés et les institutions à l'échelle mondiale. "Je n'ai trouvé cette volonté, ni ces actions, nulle part ailleurs", dit-elle. "Les autres institutions ne veulent pas briser le silence. Et lorsque le silence est rompu, elles essaient parfois de cacher les cas et ne veulent pas qu'ils soient connus. Et pour ceux qui soutiennent les victimes, ces institutions les attaquent même. C'est ce qu'on appelle la 'violence d'isolement'."

Tous deux reconnaissent que la sauvegarde consiste finalement à transformer les relations humaines. La JCAP doit s’y engager avec passion et énergie à partir de leurs propres perspectives uniques.

Le père Guiney est remonté à la Congrégation générale (CG) 36 en 2016, lorsque la transformation au sein de la Compagnie de Jésus a eu lieu et que le silence a été brisé. "J'étais là lors de la CG36, quand un grand moment de changement s'est produit dans nos conversations et je pense dans nos décisions", réfléchit-il. "Lorsque la conversation spirituelle a été introduite dans la congrégation et que nous avons vraiment écouté la contribution sincère de chaque personne, et que nous avons demandé comment l'esprit de Dieu se mouvait dans notre groupe, nous avons pris des décisions plus authentiques, plus centrées sur l'Évangile. Je pense que le changement a été facilité lorsque les victimes se sont manifestées et que les jésuites ont commencé à les écouter. Se mettre dans la peau d'une victime vous donne une toute nouvelle perspective sur les souffrances qu'elle endure et sur la façon dont l'abus d'un enfant peut avoir un impact sur sa vie entière", explique-t-il.

S'appuyant sur sa propre expérience de travail avec des réfugiés en Afrique, il partage que c'est en écoutant les histoires des peuples que la conversion se produit. "Nous voyons le monde du point de vue de la personne qui a été affectée par des abus ou d'autres crises, comme la guerre". Le père Guiney, rappelle le père Pedro Arrupe SJ, qui a appelé la Compagnie au début des années 1980 à tendre la main aux réfugiés et les Pères Nicolás et Sosa qui partagent la même conviction que la Compagnie doit soutenir ceux qui ont été abusés dans l'église et la société en général.

"Les abus ne connaissent pas de frontières culturelles ou géographiques, ni de frontières religieuses. C'est un problème universel qui existe dans le monde entier. Nous avons appris à reconnaître ce fait grâce à nos rencontres avec les victimes. Sinon, cela restait un concept théorique. Mais lorsque nous nous engageons auprès des victimes, cela devient un voyage personnel.

"Le Père Arrupe a fait une déclaration radicale dans la CG 32 sur l'option préférentielle pour les pauvres. Cette vision m'a changé parce que j'ai rejoint la Compagnie et, plus important encore, je suis resté dans la Compagnie pour mettre en œuvre cette vision", partage le Père Guiney. "Aujourd'hui, au 21e siècle, nous disons que nous prenons une option préférentielle pour la sécurité des enfants et des personnes les plus vulnérables de notre société. C'est presque un renforcement, un élargissement de cette option post-Vatican II, post-GC 32 pour les pauvres. Nous avons défini les pauvres d'une nouvelle manière, en englobant ceux qui n'ont pas de voix dans de nombreuses cultures, les enfants étant parmi les plus vulnérables."

Le Dr Racionero-Plaza insiste sur le droit de tous les individus à bénéficier des avancées dans tous les domaines de la recherche, en particulier dans la prévention et la guérison des abus. Elle estime que les actions réussies en matière de protection sont celles qui visent à créer une culture de la protection, à réduire les cas d'abus et à transformer les relations humaines.

Elle voit la nécessité d'ouvrir des espaces de dialogue où les gens se sentent en sécurité pour parler de la maltraitance et de fournir des outils et des connaissances sur les stratégies efficaces. "Pour les chercheurs qui s'engagent à avoir un impact social, c'est une énorme consolation d'enquêter sur ce qui fonctionne sur le terrain et de générer des échanges avec les communautés pour trouver des personnes qui sont prêtes à appliquer ce qui existe déjà. Voir des vies transformées et des mentalités changées à propos des abus peut se faire grâce à une formation efficace et au changement des relations quotidiennes dans les écoles, les paroisses, les familles et l'éducation non formelle", dit-elle.

Le Père Guiney a enfin souligné le rôle prophétique des Jésuites et des partenaires laïcs dans la prise en compte de domaines préoccupants qui peuvent être niés par d'autres. Il définit la prophétie comme étant "la voix de Dieu, qui peut apporter des nouvelles dérangeantes et inconfortables". Selon lui, il est essentiel de s'écouter mutuellement avec un profond respect et de reconnaître que l'esprit de Dieu est en mouvement dans chaque personne.

"Jésus a tendu la main aux marginaux, les a écoutés, entendus, touchés. Lorsque nous sommes touchés par leurs voix, nous sommes changés". Selon lui, il s'agit d'une conversion permanente. "Vivre, c'est se convertir et apprendre de nouvelles choses et de nouvelles façons de faire."

Source: jcapsj.org

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