Justice verte : La résilience des femmes congolaises

Mon histoire n'est pas facile à raconter. Elle est pleine de douleur, une histoire partagée par d'innombrables femmes qui travaillent dans les mines en République démocratique du Congo (RDC). Je vis dans la province du Lualaba, la capitale mondiale du cobalt. Le cobalt et le cuivre sont précieux pour vous car vous en avez besoin pour les batteries de vos téléphones, de vos tablettes et pour les panneaux solaires et les véhicules électriques de votre transition énergétique verte. Vos efforts pour lutter contre le changement climatique sont étroitement liés à nos souffrances, notre marginalisation et notre exploitation aux mains des multinationales minières, dont beaucoup viennent du Canada. Notre histoire, cependant, ne se résume pas à la douleur. Il s'agit aussi de résilience, d'autonomisation et de notre lutte pour notre survie et celle de nos familles.

J'étais une jeune fille dans les années 1990 lorsque les multinationales sont arrivées à Lualaba. Leur arrivée et la libéralisation du secteur minier congolais en 2002 ont facilité la quasi-privatisation de la Gécamines, notre société minière nationale. Les bénéfices de la Gécamines permettaient de financer les services sociaux de base offerts par le gouvernement aux communautés locales. La quasi-privatisation a cependant entraîné la fin de ces services. Les habitants de nos communautés ont également perdu leur emploi. Les sociétés minières étrangères n'ont pas embauché de personnes locales au-delà du travail manuel parce qu'elles disaient que nous n'avions pas les qualifications nécessaires.

Des familles, dont la mienne, ont connu des moments difficiles. Notre pauvreté contrastait fortement avec celle des multinationales qui s'enrichissaient en s'appropriant les richesses de notre pays. Livrés à nous-mêmes, beaucoup d'entre nous se sont lancés dans l'exploitation minière artisanale ou de subsistance. Cela signifiait creuser à la main pour trouver des minerais de cuivre et de cobalt contaminés par de l'uranium. Nos difficultés étaient nombreuses : insécurité financière, déplacements forcés, problèmes de santé dus à l'exposition aux radiations et au contact avec l'eau contaminée.

Les femmes étaient les grandes perdantes. Nous avons été victimes de harcèlement sexuel et de violence. Nous étions exclues du travail direct dans les mines industrielles et artisanales. Les croyances patriarcales traditionnelles nous interdisent de pénétrer dans les puits de mine. Les jeunes filles et les femmes n'avaient donc d'autre choix que de travailler au nettoyage et au transport des minerais, nous exposant ainsi à des eaux toxiques. Pire encore, nous vendions nos produits miniers à ces multinationales et négociants à des prix vraiment bas. Cependant, c'est ce travail dangereux et peu sûr qui a mis de la nourriture sur ma table et m'a permis de terminer mes études.

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En tant que mère, je me suis engagée à protéger les droits des femmes pour qu'elles n'aient pas à vivre ce que j'ai vécu. J'ai créé une coopérative minière. Je rassemble des femmes pour que nous puissions exploiter les mines avec dignité. En formant une coopérative, nous créons un environnement qui nous offre des formations, des conseils et des compétences dont nous avons besoin pour travailler de manière sûre et durable.

Depuis 2016, nos communautés bénéficient du soutien des jésuites par le biais du Centre Arrupe pour la recherche et la formation (CARF) à Lubumbashi. Le CARF a mené des actions de renforcement des capacités sur les bonnes pratiques d'exploitation minière artisanale et le respect de la loi ; les pratiques de santé et de sécurité ; et les droits de l'homme et la protection de l'environnement.

Aujourd'hui, nous poursuivons notre lutte contre les violations des droits de l'homme, notamment à l'encontre des femmes et des enfants. Nous recherchons des alternatives à l'exploitation minière. Cependant, tout cela n'est pas suffisant. Les multinationales minières opèrent toujours en toute impunité et nous exploitent. Nous sommes confrontés à d'énormes défis alors que la demande de cuivre et de cobalt augmente.

Il est important que nos partenaires, comme le Canadian Jesuits International (CJI), plaident en faveur d'une loi sur la diligence raisonnable en matière de droits de l'homme au Canada, afin que vos entreprises soient tenues responsables des dommages qu'elles causent. Les compagnies minières doivent indemniser et reloger de manière adéquate les personnes déplacées. Elles doivent prendre en compte les impacts sanitaires des rivières polluées sur les communautés locales, en particulier les femmes et les mères.

Nous comprenons que le développement est nécessaire, mais pas au détriment de nos populations. Nous devons promouvoir un développement durable fondé sur l'égalité, la justice, la transparence et la responsabilité. Les compagnies minières doivent respecter le peuple congolais conformément à nos lois. Votre propre gouvernement doit tenir les compagnies minières canadiennes responsables de leurs actions dans notre pays. Cela permettra à la RDC de négocier une transition énergétique juste avec les multinationales, selon ses propres conditions. La survie à long terme des communautés locales et l'autonomisation des femmes en RDC sont en jeu.

L'article contient également des informations fournies par Pastor Josué (Initiative de gouvernance pour le développement de Fungurume et Tenke) ; Mandela Kizi (Coopérative minière pour le développement social, Kolwezi) ; et Adrien Mutombo (CARF, Lubumbashi).

Source: Canadianjesuitsinternational

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