« Le jour le plus froid, le jour le plus chaud. »
Ils sont arrivés : La Fillette, son frère et leur mère. « Sortez des couvertures pour ces trois personnes-là », a dit Sœur Lorena. Toutes les couvertures avaient été distribuées ce matin-là et il ne restait plus qu’une couverture de bébé.
Lorsque j’ai vu la Fillette assise sur le banc, grelottant de façon incontrôlée sous son chandail mince, je l’ai rapidement enveloppé dans cette mince couverture, l’entourant de mes bras un bref instant dans un mouvement du cœur spontané ; l’un de ces gestes qui durent au-delà de l’action même.
Je l’ai su dès qu’elle c’est retournée pour me décocher son plus beau sourire : un sourire radieux à faire fondre tous les thermomètres et qui pour la première fois aujourd’hui me fit oublier le froid persistant. Elle me mit à l’abri. Il y avait dans son visage l’expression de quelqu’un qui connaît bien Dieu, son ami, et qui soudain le croise sur sa route. Je pouvais lire sur son visage; « Dieu a éloigné de moi le froid! » Elle n’avait pas besoin de connaître mon cheminement personnel ni ma relation de foi avec Jésus; une relation qui m’avait amené jusqu’à Nogales. Elle n’avait pas besoin de savoir l’histoire de Sœur Lorena et des Sœurs de l’Eucharistie qui avaient commencé les activités d’appui aux immigrants trois ans auparavant. Elle ne connaissait rien d’Ignace de Loyola ou de la Compagnie de Jésus qui avec les Sœurs et tant d’autres personnes avaient mis en œuvre l’Initiative de la frontière Kino; une initiative qui lui offrait un abri aujourd’hui. Elle n’en savait pas plus sur la personne qui avait fait don de la couverture et pourquoi elle l’avait fait.
Elle ne savait qu’une chose essentielle, elle avait eu froid et Dieu l’avait réchauffé avec une petite couverture. C’est ce que son sourire me disait. Quelle puissance extraordinaire! Une autre jeune fille au cœur de la première! J’ai le sentiment que c’est la puissance de Dieu qui est ici à l’œuvre directement, un pouvoir qu’Il rend disponible à travers l’amour pour transformer l’environnement et transformer des vies en commençant par la nôtre.
Une fois encore toute la cuisine embaumait le Royaume. Je ressentais quelque chose de différent en moi. Quelque chose influençait mon comportement. Je suppose que les parents connaissent bien cela et qu’ils sont familiers avec cette réalité : l’amour des enfants. Ce dont je suis certain c’est que j’en sais un petit peu plus (et cela m’a séduit) sur la puissance de cet amour gratuit, inconditionnel, sans attente (sans même pour cela se connaître); cet amour qui transcende les liens du sang et les liens que la vie tissent naturellement entre les enfants et les parents.
Combien de ‘petits’ Dieu m’invite-t-il à aimer le long de ce chemin! Je crois en savoir un peu plus sur la manière d’aimer de Jésus, sur ce qui est la manière de Dieu et cela me fascine. ‘Et voilà, mon ami : tu es maintenant un petit pain chaud !’, ai-je dis en lui retournant son sourire. Ce qui en retour fit sourire sa mère. À partir de là tout c’est déroulé normalement. Ils mangèrent. Erin, une de nos bénévoles leur donna des vêtements, nous avons bavardé et ri, puis nous sommes partis.
C’était littéralement « le jour le plus froid… » La nuit du 2 au 3 février a été la plus froide de toute l’histoire de Nogales (-12°Cavec un facteur éolien de-19°C) battant le record de 1975.
Aldo Michelis est un postulant mexicain en discernement pour son entrée au noviciat de la Province mexicaine de la Compagnie de Jésus, lequel doit commencer en juillet 2011. Il est présentement bénévole à l’initiative frontalière de Kino.