Témoignage

Cheminer avec les pauvres et les personnes marginalisées

Adrianus Suyadi, SJ (IDO) Adrianus Suyadi, SJ (IDO)

Travailler pour et avec les pauvres et les personnes marginalisées est une source de grandes grâces mais cela comporte également son lot de défis et des moments de désolation et de découragements. Nous apprenons les uns des autres et nous apprenons ensemble à conserver notre dignité. Avec la prière et du dévouement, nous trouvons notre appui dans l’amour de Dieu qui nous guide sur ce chemin.
La consolation de travailler avec les pauvres et les réfugiés laissés pour compte se trouve dans le partage de leur joie quand finalement ils sont acceptés quelque part.

Travailler avec JRS pendant neuf ans m’a appris beaucoup de choses. J’ai appris comment les réfugiés font face aux difficiles situations auxquelles la vie les confronte. Ayant une difficulté énorme à conserver leur dignité, ils s’accrochent à l’espoir d’une vie meilleure. En vivant dans un pays transitoire comme l’Indonésie, lequel n’a pas signé la Convention de Genève sur la protection des réfugiés, ils n’ont pas accès à l’emploi, à l’éducation, aux services sociaux et aux autres services publics fournis par le gouvernement. Ils ne peuvent pas circuler librement dans le pays puisqu’ils doivent constamment être supervisés par le personnel de sécurité. Je peux imaginer le stress de leur vie sans liberté et sans avenir claire.

Cette situation est exacerbée par le fait que la majorité d’entre eux ont laissé derrière eux, dans leur pays d’origine, femmes et enfants. Aider les réfugiés et les demandeurs d’asile m’a appris à être résilient et à faire confiance à Dieu et à espérer même dans une situation désespérée.

Plusieurs personnes pensent que les réfugiés et les demandeurs d’asile sont des « immigrants illégaux ». Ils sont parfois stigmatisés et perçus comme des personnes dangereuses et des terroristes. Quelques personnes des pays transitoires disent que le gouvernement, la société civile et les communautés devraient s’occuper de leurs propres concitoyens pauvres plutôt que des problèmes des réfugiés et des demandeurs d’asile. Ils affirment avec pertinence qu’il y a encore de nombreuses personnes pauvres dans leur propre pays qui ont un besoin d’aide criant, alors pourquoi prendre soin des étrangers.

J’ai beaucoup appris de JRS et de son équipe qui m’a aidé et m’a appuyé. JRS a été mon école, là où j’ai appris à être jésuite. Au sein de JRS j’ai trouvé une véritable mission jésuite auprès des personnes les plus pauvres et les plus oubliées.

La vie jésuite est centrée sur la mission, sur l’envoi. Quelque chose clocherait si un jésuite n’était pas disponible pour cet envoi. Avec JRS, j’ai trouvé cet esprit de disponibilité. Même le personnel laïc exprime librement l’esprit de cette mission : souhaiter cet envoi et être en mesure de bouger d’un endroit à l’autre en fonction des besoins des personnes que nous servons. La mission jésuite consiste à « servir la foi, à promouvoir la justice et le dialogue avec les cultures et les autres religions, à la lumière du mandat apostolique, afin d’établir une relation juste avec Dieu, avec les autres et avec la création » (CG35, D.3, #12). JRS se trouve aux frontières de cette mission.

En plus de travailler pour JRS Indonésie, je suis reconnaissant d’avoir eu l’opportunité de travailler pour Caritas Indonésie (KARINA) pendant plus de cinq ans (2012-2017), en tant que directeur général pour la Conférence des évêques catholiques d’Indonésie. Cela fut également une grande source d’expériences et d’apprentissages. J’y ai appris deux grandes choses : l’une est de savoir comment vivre l’esprit de « sentire cum ecclesia », soit de ressentir avec l’Église et d’aimer l’Église; l’autre est de savoir comment gérer l’organisation Caritas en tant que confédération.

En tant qu’organisation humanitaire ecclésiale, Caritas Indonésie doit venir en aide aux personnes confrontées à des tragédies causées par les désastres (naturels et orchestrés par l’être humain) sans distinction de religion, de race, d’affiliation politique ou autres différences. Le mandat de Caritas National est de coordonner, faciliter et organiser les diocèses et autres organisations œuvrant sous la responsabilité de l’Église dans l’organisation de leurs réponses face aux catastrophes. La culture organisationnelle de Caritas est différente de celle de JRS. La structure organisationnelle de Caritas est moins hiérarchisée comparé à celle de JRS. Les caritas diocésains, nationaux ainsi que Caritas international restent indépendants tout en travaillant ensemble de manière très étroite. L’esprit de subsidiarité est mis en œuvre par la gestion de la confédération. En pratique, il n’est pas toujours facile de faire affaire avec les différents réseaux de caritas, avec des pays possédant des capacités très différentes et des cultures organisationnelles différentes.

Après avoir travaillé en service social pendant près de 15 ans, j’ai eu l’opportunité de prendre une année sabbatique. J’en ai profité pour compléter un programme de maîtrise en administration de développement à Manille, aux Philippines. Cela m’a donné les outils professionnels pour m’aider dans mon travail. Je comprends qu’il me reste bien des choses à apprendre pour améliorer mon engagement dans les services sociaux et de développement. Je confirme que la formation reste un processus toujours en développement et qui n’a pas de fin.

Enfin, quand je considère mes expériences passées et les fruits de mes réflexions personnelles et de mes prières, je découvre que Dieu m’a fait la grâce de la compassion et de l’engagement à marcher avec les pauvres et les marginalisé. Dieu toujours me dirige là où je dois aller. Cela est encore une fois en train de se produire ces jours-ci alors que je commence mon nouveau travail en tant que coordonnateur de l’apostolat social pour la Conférence jésuite d’Asie-Pacifique (JCAP). Une consolation m’habite; préoccupations et espérance. Avec un sentiment d’abandon, je veux prier avec St Ignace :

« Prenez dans vos mains, Seigneur, ma liberté entière ; Recevez ma mémoire, mon intelligence et toute ma volonté. Tout ce que j’ai, tout ce que je possède, C’est vous qui me l’avez donné. Je vous le rends et vous le livre sans réserve ; Pour le soumettre entièrement à votre Volonté. Donnez-moi seulement votre Amour et votre Grâce. Cela me suffit».

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Publié par SJES ROME - Coordinateur de la communication in SJES-ROME
SJES ROME
Le SJES est une institution jésuite qui aide la Compagnie de Jésus à développer la mission apostolique, par sa dimension de promotion de la justice et de la réconciliation avec la création.