Apprendre des compagnons
Bonfim est une petite ville à la frontière du Brésil et de la Guyane anglaise, dans l'état de Roraima, Brésil.Les jésuites sont installés là, et nous apprenons à travailler avec les pauvres depuis cinq ans. La moitié de la population de la ville (15,000 habitants) est autochtone, en majorité Wapixana, et à un moindre degré Macuxi ; l'autre moitié est à moitié autochtone également, mais elle ne se reconnaît pas comme telle : cela ne l'intéresse, ni ne lui convient, et elle ne le veut pas. Le dernier quart de la population est composé d'immigrants de plusieurs états du Brésil, qui se sont installés ici depuis que Roraima est devenu un « territoire » : des pauvres qui sont venus tenter leur chance dans le nord du pays.
Nous vivons dans une ville qui souffre de toutes les maladies endémiques de l'état brésilien : corruption, népotisme, colonialisme, clientélisme, opportunisme, inefficacité (bien qu'elle possède des ressources) à tous les niveaux : éducation, santé, administration, contrôle public, chômage, et. Comme si le nom donné au village « Bonfim » ne fut rien de plus qu'une stratégie de distraction pour nier la réalité et pouvoir survivre dans des terres arides, et surtout appauvries.
Je suis arrivé dans ce village en janvier 2011 après avoir quitté mon service en tant que Supérieur régional de l'Amazonie. J'ai rencontré un compagnon jésuite qui avait déjà travaillé à Timor Leste (P.Horié) et un mois plus tard, il en arriva un autre qui avait de nombreuses années d'expérience à Cuba et au Mozambique (P.Urbanao). J'étais celui qui en savait le moins : et j'eus la chance d'être accueilli par les communautés indigènes et métisses qui m'ont rendu heureux, puis j'effectuais mon sacerdoce durant ces 18 mois, avec ces deux compagnons jésuites qui m'ont donné un témoignage merveilleux de générosité, de courage et d'engagement à leur vocation.
Au bout d'un an de vie partagée et de service commun dans la région nous avons décidé de diviser notre petite communauté, et à l'arrivée d'un autre compagnon jésuite du Paraguay, deux d'entre eux allèrent vivre dans une des malocas (communautés) autochtones qui composent la Région Sierra de la Luna (dont s'occupent les Hijas de la Caridad et les jésuites) ; pendant ce temps nous avons continué à servir les Églises de la paroisse municipale et trois autres villes (en plus d'aider dans la pastorale universitaire de la capitale de l'état et dans d'autres ministères). Horié et Urbano sont à 'Moscou' (le nom de la maloca autochtone où ils vivent) depuis le mois de mars : ils vivent parmi les autochtones dans une maison extrêmement simple comme vous pouvez vous l'imaginer, et mangent avec eux : peu ou mal, et jusqu'à maintenant sans électricité, et commencent à établir des relations horizontales avec les membres de la communauté, en participant à leurs assemblées et aux travaux communautaires, ils voyagent (quand l'hiver le permet) le plus souvent en « autobus » ou en voitures collectives. La seule chose qui les distingue du reste des autochtones de la communauté c'est la voiture (une camionnette) dont ils disposent pour pouvoir rendre visite aux autres 21 communautés.
Il y a environ deux semaines, nous sommes allés leur rendre visite avec l'évêque du diocèse, Don Roque Paloschi, et avec Doña Katia, membre de la communauté de Bonfim et cuisinière chez nous. Nous leur avons apporté en cadeau un vieux frigidaire qui pour l'instant leur sert à conserver de la nourriture (comme un garde-manger) jusqu'au moment où ils seront branchés sur l'électricité. Nous avions également pour eux, des pâtisseries, du pain, des conserves, du café et des récipients pour cuisiner. Ils étaient heureux : comme des personnes qui trouvent la perle qu'ils attendaient et qu'ils ne veulent perdre : sainte pauvreté, « mur de la religion » comme disait Saint Ignace si éloignée et tellement rationalisée dans tous nos services apostoliques.
À ces deux compagnons, qui peut-être ne sauront jamais que je les ai mentionnés dans cette histoire, je veux rendre hommage (car ils en ont besoin), et leur exprimer ma gratitude sincère.Que Dieu m'accorde la même générosité et qu'il nous donne d'autres compagnons comme eux.