Les peuples autochtones de l’Amazonie et le ‘monde qui écoute’
Être appelé à la mission de la Compagnie de Jésus signifie prendre part à un processus dynamique et vivant qui requiert d'être en constant contact avec le soi intérieur, cela dans un mouvement qui va de l'esprit qui suggère au désir avec ses préoccupations personnelles poussant à partager une nouvelle manière de vivre.
Mon travail avec le peuple Awajùn-Wampis m'a aidé à reconnaître la complexité de ces processus. Cela soulève des questions à propos du sens de la vie : Est-ce que je tente vraiment de comprendre le monde autochtone? Est-ce que ma façon d'établir des relations est équilibrée?
Quels sont mes préjugés et mes réserves sur le monde autochtone? Quelle est leur expérience de foi, leur expérience de la transcendance? En quoi consiste leur vision du monde? Est-ce que je la valorise? Ce sont ces questions qui habitent la vie et le désir de ceux et celles qui entrent en contact avec cette réalité.
Tout cela signifie se débarrasser de nos vieux schèmes de façon à nous ouvrir à la possibilité d'une vraie rencontre entre l'homme, l'environnement et la culture. Nous apprenons que la vie n'est vécue qu'à travers l'écoute et en découvrant comment écouter; cela nécessite ouverture puisque la mission ne se limite pas à la simple nécessité d'être. Nous devons reconnaître que nous sommes des mondes qui se rencontrent et se complètent; des frères qui peuvent agir avec les meilleures intentions du monde, mais qui toujours demeure un 'autre' distant. En qui a trait à cet 'autre', ne vous y trompez pas, j'ai mes propres réserves en ce qui a trait à ma façon d'être, celles qui me catégorisent comme l'étranger, le métis.
Considérons la dynamique de cette rencontre dans le contexte de la réalité de nos anciens du collège de Fe y Alegria, Valentin Salegui (sur les rives de la rivière Marañon en Amazonie). Ils arrivent avec des expériences communautaires très complexes et des besoins tant matériels qu'émotionnels. Ils apportent avec eux des conflits dans un monde qui impose de nouvelles exigences pour qu'ils aient le droit d'être'. Les jeunes Awaruna-Wambisa sont également affectés par ces nouveaux codes et exigences, où leurs aspirations emportent leurs rêves loin de leur terre, où parfois l'éducation formelle détruit leur sentiment d'appartenance.
Le 'monde de l'écoute' apparaît comme un devoir de la rencontre, tout comme l'éducation engage l'accompagnement d'êtres humains dont l'identité est en formation; une manière de
valoriser leur manière 'd'être' dans le monde. Les points de référence doivent clairement être enracinés dans la valorisation de leur identité, de leur vision du monde et de leurs traditions : cela constitue leurs forces, l'ensemble des valeurs qui leur permet d'entrer en relation avec le monde de « ceux qui sont de l'extérieur. »
Avons-nous dévoilé les questions qui surgissent durant cette rencontre? Les réponses ne prennent forme que lorsque l'on reconnaît que dans des circonstances identiques nous apprenons à connaître d'autres mondes qui doivent nécessairement apprendre à dialoguer afin de se comprendre les uns les autres et, à partir de là, se voir comme des parties inséparables d'une même identité.
Le dialogue commence à l'intérieur de chacun de nous; notre monde de certitudes doit céder la place au désir d'apprendre des manières de penser différentes, d'autres sensibilités, d'autres sens et d'autres manières de vivre. Ceci constitue des étapes vers une mission qui nous permet de relever le défi, d'être de meilleurs frères.
Jorge Cabeza SJ
Jorge, un Jésuite péruvien et coordonnateur de l'apostolat autochtone, vit à Yamakai-éntsa, le district indigène de la province de Bagua en Amazonie. Il est le directeur adjoint du Collège Fe y Alegria Valentin Salegui, et un membre de la commission sociale de la province.
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