Témoignage

Là où vous voyez les graines de l’espoir

Alberto Martín, Entreculturas, Espagne Alberto Martín, Entreculturas, Espagne

Il arrive parfois que l’on vive des choses qui suscitent une profonde gratitude envers nos frères et sœurs et la manière dont Dieu crée un monde nouveau à travers eux.

La vie au Congo n’est pas facile. Le Service jésuite des réfugiés (JRS) dirige un projet de santé dans la région de Wanie-Rukula, près de Kisangani. Je m’y suis trouvé de passage pour voir comment avançait la construction des centres de santé, pour papoter avec l’équipe, me réjouir avec les habitants. Le jour déclinait et, après avoir fait le tour des centres de santé prévus, nous rentrions à la maison. Arrivés à un carrefour, la directrice du projet nous demanda si nous voulions faire un détour pour visiter un dernier site, achevé depuis quelques mois et qui avait déjà ouvert ses portes. Nous acceptâmes bien volontiers.

A notre arrivée, tout paraissait normal. Nous visitâmes les locaux, saluâmes le personnel, puis, soudain, une des infirmières se dirigea vers la directrice et lui murmura quelque chose à l’oreille. Ils venaient de recevoir un enfant gravement malade et ils ne savaient que faire. Le petit souffrait d’une malaria en phase terminale. Il respirait à peine, son petit cœur battait à un rythme tachycardique et il était au bord du coma. S’il était seulement arrivé quelques heures avant au centre, ils lui auraient administré un traitement et il aurait pu récupérer sans problème, mais sa famille venait de loin et avait pris du retard en s’arrêtant chez un guérisseur auprès de qui elle cherchait un remède magique pour guérir l’enfant.

L’unique solution dans ce cas était une transfusion, mais la banque de sang la plus proche était située à l’hôpital de Kisangani à 20 kilomètres de là. Nous fîmes le voyage de retour avec la mère et l’enfant ; nous nous regardions les uns les autres avec inquiétude car nous ne savions pas si le petit allait tenir le coup. Dans ces moments-là, chaque instant est une éternité et la voiture semble avancer terriblement lentement. A notre arrivée à l’hôpital, on nous dit que le système de refroidissement était en panne et qu’ils n’avaient pas de sang. Malédiction ! Nous demandâmes un sachet de transfusion en espérant que l’un d’entre nous pourrait faire un don de sang et ils nous répondirent qu’ils n’en avaient pas, qu’ils avaient usé le stock la veille même. Le désespoir nous envahit, on se dit qu’en Europe une telle chose ne peut arriver. Finalement quelqu’un arrive avec un sachet. Il était destiné à un patient qui n’avait pas pu en bénéficier parce qu’il était décédé ce matin. Petite lueur d’espoir, vite éprouvée par le médecin qui refuse de nous laisser faire un don de sang voulant d’abord déterminer le groupe sanguin de l’enfant. Mais vu la situation, ou on transfusait l’enfant ou il mourait. Il n’y avait pas de temps pour l’analyse. La directrice du centre de santé dit qu’elle est donneur universel et parvient à convaincre le médecin de transfuser l’enfant.

C’était la première fois que je me trouvais dans une telle situation. Les responsables du projet nous disent que chaque jour ils sont témoins de cas semblables. Le manque d’éducation et le manque de moyens font que la vie et la mort dansent une danse macabre. Était-ce le hasard ? Le destin ? Dieu ? Si nous n’avions pas fait le détour en voiture, si quelqu’un n’avait pas apporté le sachet de transfusion, si notre amie n’avait pas été donneur universel… Nous avons appris que l’enfant s’est remis et est sorti de l’hôpital.

Être au JRS n’est pas un travail. C’est donner sa santé, sa vie et même son sang s’il le faut, c’est là que sont semés les grains de l’espérance et qu’on rencontre des gens capables de donner leur vie, résolument convaincus qu’un autre monde est possible et que le royaume est proche.

Alberto Martín, Entreculturas, Espagne

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www.entreculturas.org

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Publié par SJES ROME - Coordinateur de la communication in SJES-ROME
SJES ROME
Le SJES est une institution jésuite qui aide la Compagnie de Jésus à développer la mission apostolique, par sa dimension de promotion de la justice et de la réconciliation avec la création.